KINESPORT : Formations continues en kinésithérapie du sport et thérapie manuelle.
KINESPORT KINESPORT


  • KINESPORT
  • Formation Kinésithérapie du Sport Expert
  • Formation Thérapie manuelle de l'épaule
  • Formation BODY-MECHANICS
  • Formation Thérapie Manuelle Viscerale

La reconstruction précoce du LCA chez les enfants aboutit à moins de problèmes des ménisques et du cartilage articulaire lorsqu'elle est comparée à un traitement conservateur ou retardé



Introduction


 
Les déchirures du ligament croisé antérieur (LCA) étaient considérées comme une atteinte rare chez les enfants et les adolescents. Cependant leur prévalence ne fait qu'augmenter. Cela peut être attribué à plusieurs facteurs que sont l'augmentation de la spécialisation sportive et de la compétition chez les jeunes, ainsi que l'augmentation de la prise de conscience des atteintes du LCA chez l'enfant. Une étude épidémiologique récente a révélé que le taux de reconstruction du LCA (RLCA) chez le jeune de moins de 20 ans a augmenté de près de trois fois entre 1990 et 2009, et indique que les adolescents et les jeunes adultes représentent le plus grand groupe démographique de RLCA [1].
 
Du fait de cette augmentation de la fréquence des atteintes du LCA chez l'enfant, les stratégies de traitement ont évolué afin de s'adapter à ces patients au squelette immature. Bien que la prise en charge non opératoire ou par chirurgie retardée jusqu'à la maturité squelettique ait été un traitement historiquement omniprésent pour une rupture complète du LCA en raison des risques de dommages du cartilage de croissance inhérents au traitement chirurgical [2], de nouvelles techniques chirurgicales et des instrumentations ont élargi les options pour les ACLR avec respect du cartilage de croissance, avec une innocuité acceptable pour les patients dont la croissance n'est pas encore aboutie [3-10]. La supériorité de traiter les ruptures du LCA chez les enfants et les adolescents avec une reconstruction précoce, une reconstruction retardée ou un traitement non chirurgical reste controversé dans la littérature orthopédique [11-13]. Le potentiel d'augmentation du risque de cartilage irréparable et / ou de lésions méniscales dans le genou non reconstruit est pertinent pour les arguments pour et contre la reconstruction aiguë chez les enfants et les adolescents. Cela concerne en particulier les patients qui ne modifie pas leur niveau d'activité post-blessure comme c'est souvent le cas chez les enfants et adolescents actifs.
 
Alors que des synthèses quantitatives récentes de la littérature ont été réalisées évaluant l'instabilité récurrente, la laxité pathologique et le retour à l'activité [15], aucun étude n'a été réalisée pour évaluer les effets d'une chirurgie retardée sur les dommages intra-articulaires. Le propos l'étude présentée ci-dessous est de réaliser une revue systématique de la littérature sur la chirurgie orthopédique pour étudier toute association entre les dommages progressifs intra-articulaires (augmentation du taux des blessures des ménisques ou du cartilage) et un traitement retardé ou non chirurgical d'une rupture du LCA chez l'enfant et l'adolescent de moins de 18 ans, comparé à une RLCA précoce. L'hypothèse serait que les patients bénéficiant d'une prise en charge initiale non chirurgicale ou ayant bénéficié d'une chirurgie retardée auraient un risque plus important d'atteinte des ménisques ou du cartilage que ceux ayant bénéficié d'une RLCA précoce.
 

Méthodes


 
Une recherche électronique a été menée le 8 juin 2015 par deux relecteurs indépendants. La stratégie de recherche mise en place est indiquée dans le tableau 1. L'extraction des données a été faite par 3 auteurs indépendamment.
Le tableau 2 donne la liste complète des articles inclus avec les données correspondantes.


 

Résultats


Inclusion des études et caractéristiques générales des études
 
Dix-sept études ont été conservées sur les 91 de départ, comme l'indique le flow diagram de la figure 1. Six études sont de niveau IV [19,23,26,29-31] et onze études sont de niveau III [2,14,17,18,20-22,24,25,27,28]. Le tableau 2 présente les études incluses dans l'analyse finale avec leurs caractéristiques correspondantes et leur analyse comparative.

Discussion


 
La supériorité de traitement des ruptures du LCA chez les enfants et les adolescents avec une reconstruction précoce, une reconstruction retardée ou un traitement non chirurgical reste controversé dans la littérature orthopédique [11-13]. Alors que certains auteurs ont rapporté secondairement un possible effet entre un retard chirurgical et des atteintes méniscales ou chondrales dans des rapports cliniques étudiant d'autres critères de jugement principaux, Millett et al. [27] et ensuite Lawrence et al. [22] ont directement étudié l'association entre une RLCA retardée et des dommages intra-articulaires irréparables chez les jeunes athlètes. Par la suite, plusieurs études ont été réalisées pour approfondir ce sujet [14,1-21,24-26,31]. La grande majorité des études encouragent la notion de traitement précoce des ruptures du LCA chez les enfants et les adolescents étant donné les associations notables entre la prise en charge retardée et non chirurgicale et les pathologies méniscales [20-24,26-28] ou chondrales [20-22,24].
 
Sur les 17 études incluses dans cette revue, toutes ont rapporté des blessures méniscales médiales, parmi lesquelles 8 (47%) privilégient une RLCA précoce. 10 études sur 17 ont rapporté des atteintes du cartilage, parmi lesquelles 4 (40%) encouragent une reconstruction précoce. Pour les atteintes méniscales et chondrales, les études qui n'encouragent pas un traitement précoce n'ont soit montré aucune différence de critères de jugement, soit apporté aucune comparaison entre les groupes. Malgré le manque d'hétérogénéité des études et ainsi l'incapacité à calculer des statistiques pondérées dans une méta-analyse, ces données résumées semblent être en faveur d'une RLCA précoce chez les patients de moins de 18 ans, du fait qu'elle soit associée à une incidence plus faible d'atteinte du ménisque médial et de lésions globales du cartilage.
 
Dans tous les cas, il est important que les chirurgiens, les patients et leur famille pèsent les risques et les bénéfices d'une chirurgie précoce versus une rééducation contrôlée, en comprenant les risques significatifs de développer une pathologie méniscale ou chondrale irréparable de même qu'une réduction prolongée de l'activité due à la période de rééducation. Les patients et leurs familles doivent également être conscients que pour un tiers des patients initialement traités non chirurgicalement, une chirurgie pour instabilité persistante malgré une rééducation contrôlée peut être nécessaire.
 
 

Limites


 
Bien que les études incluses apportent des données sur l'âge des patients, toutes n'ont pas apporté de détails quant à la distribution de la maturité du squelette.
De plus, la majorité des études étaient des études rétrospectives et sujettes à un biais de sélection, à un biais de mesures et à un biais de schéma d'étude (exemple : la pathologie intra-articulaire subie au moment de la blessure peut avoir été à l'origine de la décision de prise en charge chirurgicale).
Enfin, l'hétérogénéité des études constitutives en ce qui concerne les techniques de RLCA, les définitions de délai chirurgical et la durée variable du suivi ont empêché de combiner les résultats en méta-analyse quantitative.
 
 

Conclusions et implications des points-clés


 
Sur la base de la littérature publiée disponible, qui est largement rétrospective, une reconstruction précoce d'une rupture du LCA apparaît être associée à moins d'atteintes méniscales médiales et de lésions du cartilage comparée à une prise en charge retardée ou non chirurgicale.
Plusieurs études qui ont été équivoques ont montré des tailles d'effet cliniquement pertinentes, mais elles étaient insuffisantes pour détecter des différences statistiques entre les groupes. Les futures recherches prospectives, menées dans une cohorte importante et uniforme de patients au squelette immature avec rupture du LCA, pourraient fournir plus de réponses à cette importante question clinique.
 
 
 

Et en bref !

 
  • Les atteintes méniscales sont l'une des atteintes orthopédiques les plus fréquentes, et peuvent toucher une large étendue de patients. Les athlètes soumettent leurs ménisques à une quantité croissante de stress lors de leur carrière et peuvent augmenter leur risque de rupture traumatique aigue (athlètes avec sport à pivot) ou de rupture dégénérative (athlète avec sport sans pivot). Les athlètes asymptomatiques ont une prévalence relativement importante de pathologie méniscale à l'IRM. [Beals CT, Magnussen RA, Graham WC, Flanigan DC. The Prevalence of Meniscal Pathology in Asymptomatic Athletes. Sports Med. 2016 Oct;46(10):1517–24.]
 
  • Il existe un chevauchement significatif de l'insertion antéro-médiale du ménisque médial par l'insertion tibiale du LCA dans les plans transversal et sagittal, de respectivement 41% et 53.9%, en moyenne. Cette information est déterminante dans la reconstruction du LCA en fonction de la lésion possible conjointe du ménisque. [Steineman BD, Moulton SG, Haut Donahue TL, Fontboté CA, LaPrade CM, Cram TR, et al. Overlap Between Anterior Cruciate Ligament and Anterolateral Meniscal Root Insertions: A Scanning Electron Microscopy Study. Am J Sports Med. 2016 Oct 11.]
 
 

Article de référence


 
Fabricant PD, Lakomkin N, Cruz AI, Spitzer E, Lawrence JTR, Marx RG. Early ACL reconstruction in children leads to less meniscal and articular cartilage damage when compared with conservative or delayed treatment. J ISAKOS. 2016 Jan 21;jisakos-2015-000012.
 
Références
 
1 Dodwell ER, Lamont LE, Green DW, et al. 20 years of pediatric anterior cruciate ligament reconstruction in New York State. Am J Sports Med 2014;42:675–80.
2 Woods GW, O’Connor DP. Delayed anterior cruciate ligament reconstruction in adolescents with open physes. Am J Sports Med 2004;32:201–10.
3 Lawrence JTR, Bowers AL, Belding J, et al. All-epiphyseal anterior cruciate ligament reconstruction in skeletally immature patients. Clin Orthop Relat Res 2010;468:1971–7.
4 Anderson AF. Transepiphyseal replacement of the anterior cruciate ligament in skeletally immature patients. A preliminary report. J Bone Joint Surg Am 2003;85-A:1255–63.
5 Kocher MS, Garg S, Micheli LJ. Physeal sparing reconstruction of the anterior cruciate ligament in skeletally immature prepubescent children and adolescents. J Bone Joint Surg Am 2005;87:2371–9.
6 McCarthy MM, Graziano J, Green DW, et al. All-epiphyseal, all-inside anterior cruciate ligament reconstruction technique for skeletally immature patients. Arthrosc Tech 2012;1:e231–9.
7 Micheli LJ, Rask B, Gerberg L. Anterior cruciate ligament reconstruction in patients who are prepubescent. Clin Orthop Relat Res 1999;364:40–7.
8 Gausden EB, Calcei JG, Fabricant PD, et al. Surgical options for anterior cruciate ligament reconstruction in the young child. Curr Opin Pediatr 2015;27:82–91.
9 Fabricant PD, Jones KJ, Delos D, et al. Reconstruction of the anterior cruciate ligament in the skeletally immature athlete: a review of current concepts: AAOS exhibit selection. J Bone Joint Surg Am 2013;95:e28.
10 Kocher MS, Smith JT, Zoric BJ, et al. Transphyseal anterior cruciate ligament  reconstruction in skeletally immature pubescent adolescents. J Bone Joint Surg Am 2007;89:2632–9.
11 Reider B. It takes more than timing: response. Am J Sports Med 2015;43:NP15–16.
12 Reider B. A matter of timing. Am J Sports Med 2015;43:273–4.
13 Moksnes H, Engebretsen L. It takes more than timing: letter to the editor. Am J Sports Med 2015;43:NP14–15.
14 Funahashi KM, Moksnes H, Maletis GB, et al. Anterior cruciate ligament injuries in adolescents with open physis: effect of recurrent injury and surgical delay on meniscal and cartilage injuries. Am J Sports Med 2014;42:1068–73.
15 Ramski DE, Kanj WW, Franklin CC, et al. Anterior cruciate ligament tears in children and adolescents: a meta-analysis of nonoperative versus operative treatment. Am J Sports Med 2014;42:2769–76.
16 Moher D, Liberati A, Tetzlaff J, et al., PRISMA Group. Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses: the PRISMA statement. PLoS Med 2009;6: e1000097.
17 Streich NA, Barié A, Gotterbarm T, et al. Transphyseal reconstruction of the anterior cruciate ligament in prepubescent athletes. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2010;18:1481–6.
18 Aichroth PM, Patel DV, Zorrilla P. The natural history and treatment of rupture of the anterior cruciate ligament in children and adolescents. A prospective review. J Bone Joint Surg Br 2002;84:38–41.
19 Moksnes H, Engebretsen L, Risberg MA. Prevalence and incidence of new meniscus and cartilage injuries after a nonoperative treatment algorithm for ACL tears in skeletally immature children: a prospective MRI study. Am J Sports Med 2013;41:1771–9.
20 Newman JT, Carry PM, Terhune EB, et al. Factors predictive of concomitant injuries among children and adolescents undergoing anterior cruciate ligament surgery. Am J Sports Med 2015;43:282–8.
21 Anderson AF, Anderson CN. Correlation of meniscal and articular cartilage injuries in children and adolescents with timing of anterior cruciate ligament reconstruction. Am J Sports Med 2015;43:275–81.
22 Lawrence JTR, Argawal N, Ganley TJ. Degeneration of the knee joint in skeletally immature patients with a diagnosis of an anterior cruciate ligament tear: is there harm in delay of treatment? Am J Sports Med 2011;39:2582–7.
23 Cohen M, Ferretti M, Quarteiro M, et al. Transphyseal anterior cruciate ligament reconstruction in patients with open physes. Arthroscopy 2009;25:831–8.
24 Dumont GD, Hogue GD, Padalecki JR, et al. Meniscal and chondral injuries associated with pediatric anterior cruciate ligament tears: relationship of treatment time and patient-specific factors. Am J Sports Med 2012;40:2128–33.
25 Ralles S, Agel J, Obermeier M, et al. Incidence of secondary intra-articular injuries with time to anterior cruciate ligament reconstruction. Am J Sports Med 2015;43:1373–9.
26 Guenther ZD, Swami V, Dhillon SS, et al. Meniscal injury after adolescent anterior cruciate ligament injury: how long are patients at risk? Clin Orthop Relat Res 2014;472:990–7.
27 Millett PJ, Willis AA, Warren RF. Associated injuries in pediatric and adolescent anterior cruciate ligament tears: does a delay in treatment increase the risk of meniscal tear? Arthroscopy 2002;18:955–9.
28 Henry J, Chotel F, Chouteau J, et al. Rupture of the anterior cruciate ligament in children: early reconstruction with open physes or delayed reconstruction to skeletal maturity? Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2009;17:748–55.
29 McIntosh AL, Dahm DL, Stuart MJ. Anterior cruciate ligament reconstruction in the skeletally immature patient. Arthroscopy 2006;22:1325–30.
30 Gebhard F, Ellermann A, Hoffmann F, et al. Multicenter-study of operative treatment of intraligamentous tears of the anterior cruciate ligament in children and adolescents: comparison of four different techniques. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2006;14:797–803.
31 Calvo R, Figueroa D, Gili F, et al. Transphyseal anterior cruciate ligament
reconstruction in patients with open physes: 10-year follow-up study. Am J Sports Med 2015;43:289–94.
32 Nikolaou VS, Chronopoulos E, Savvidou C, et al. MRI efficacy in diagnosing internal lesions of the knee: a retrospective analysis. J Trauma Manag Outcomes 2008;2:4.
33 Magee T. Accuracy of 3-Tesla MR and MR arthrography in diagnosis of meniscal retear in the post-operative knee. Skeletal Radiol 2014;43:1057–64.


Instagram Twitter Facebook Inscription Newsletter

Kinesport - 0810 821 001- secretariat@kinesport.fr - Mentions Légales