La manipulation fasciale ou « Neuro-connective » a pour origine les études et la pratique clinique du Kinésithérapeute Luigi Stecco, qui a élaboré une approche valide du traitement des dysfonctionnements et des symptomatologie de l’appareil locomoteur.
En anatomie, on peut observer que le tissu conjonctif dense fascial représente une structure continuelle en ce qui concerne la longitudinalité du tronc et des membres et en ce qui concerne l’horizontalité des sections à tous les niveaux. Il recouvre et pénètre chaque niveau musculaire, en fournissant des insertions à environ 30 % des fibres musculaires dans l’ensemble du corps.
Cela permet à la structure fasciale de connecter des fibres musculaires appartenant à des muscles différents mais qui agissent ensemble du point de vue fonctionnel pendant les différentes coordinations motrices segmentaires et globales. La présence dans le fascia d’éléments fondamentaux pour l’actuation du mouvement (fuseaux neuromusculaires, organes de Golgi et corpuscules récepteurs) fait de cette structure une référence utile du point de vue perceptivo-moteur pour le Système Nerveux Central et pour la coordination périphérique dans les trois plans de l’espace.
Des facteurs internes et externes, mécaniques ou chimiques, sont capables d’avoir une incidence sur l’homéostase normale du fascia en stimulant les composantes du tissu conjonctif lui-même (fibres, substance fondamentale et cellules) en produisant une réaction protectrice d’épaississement, superposition et densification. Tout cela donne lieu à une structuration des liaisons transversales inter et intra fasciales non résorbable capable d’altérer l’équilibre des tensions myo-fasciales qui est à la base d’une douleur dans le segment articulaire géré par les dits moteurs musculaires.
Dans la plupart des travaux, le fascia musculaire profond est décrit comme une bande de tissus conjonctif dense qui recouvre les muscles (Moore, 2001) et qui assure exclusivement une fonction de support inerte (Kuslick), ou bien de séparation ou de remplissage.
Plus récemment, le fascia a suscité un intérêt particulier chez les chercheurs et est considérée comme déterminant dans plusieurs pathologies.
Des études très récentes considèrent le fascia comme un élément important en ce qui concerne la biomécanique musculaire, la coordination motrice périphérique, la proprioception et la régulation de la posture.
Wheater (Young et al., 2006) décrit le fascia comme « un squelette flexible, sur lequel sont ancrées les fibres musculaires ». Ce tissu conjonctif est en continuité avec celui des tendons et des insertions musculaires. Sa fonction est de distribuer et diriger les forces du mouvement par rapport aux os, à la peau….de façon appropriée».
Divers auteurs parmi lesquels Vleeming, Snijders, Stoeckart et Mens ont décrit comment la tension du Grand Fessier va se transférer au membre inférieur à travers le trait iléo-tibial et comment ce dernier est mis en tension par l’expansion du vaste latéral durant sa contraction.
Au cours du cycle de la marche, il y a sans aucun doute une séquence très importante de tensions myo-fasciales. Dans ce cycle, le trait iléo-tibial et le fascia lata se comportent comme des ressorts fondamentaux pour les articulations et pour l’accumulation d’énergie.
D’autres auteurs ont décrit une innervation spécifique du fascia profond. Plus précisément, Stilwell (1957), Hinsch et al. (1963) et Yahia et al. (1992) ont mis en évidence plusieurs terminaisons nerveuses libres dans le fascia thoraco-lombaire ; Staubersand et Li Y Zum (1996) dans le fascia crural et Stecco (2006) dans le fascia brachial. Chez les patients présentant une lombalgie chronique, on a découvert à la fois une altération de la structure histologique (phlogoses et micro-calcifications) et une altération du degré d’innervation du fascia thoraco-lombaire. Tout ceci permet d’envisager un rôle éthio-pathologique important du fascia en ce qui concerne la douleur lombaire (Bednar et al., 1995). Pans (2001), Rodrigues (2002) et Rosch (2003) ont démontré chez des patients souffrant d’une hernie inguinale que le fascia transverse présente une texture de fibres collagènes désorganisées avec une augmentation des fibres isolées, des altérations structurales quantitatives et qualitatives en ce qui concerne les fibres élastiques et une augmentation de la vascularisation par rapport aux individus sains.
La « Manipulation Fasciale » a construit sur l’anatomie et la physiologie du fascia les principes du traitement des problèmes musculo-squelettiques.
Cette conception s’avère être un support intéressant pour l’activité de prévention des pathologies dans le domaine du sport et en général.
Ce type d’approche prévoit quatre étapes fondamentales :
- une récolte soigneuse des données concernant le patient ;
- la formulation d’une hypothèse de traitement ;
- une double vérification des hypothèses : vérifications sur le plan moteur (tests fonctionnels) et au niveau de la palpation des Centres de Coordination (CC), points dans lesquels on trouve la résultante des vecteurs musculaires appliqués à une articulation ;
- le traitement en lui-même.
L’intervention en terme de manipulation a pour but d’individualiser de façon précise la présence d’une densification sur le CC due à la superposition de néo-collagène, et permet de redonner au fascia la bonne élasticité et souplesse. Cela permet au kinésithérapeute et au patient d’évaluer immédiatement, à la fin de la séance, le résultat de l’intervention.