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​Combien de coureurs atteints d'une tendinopathie d'Achille récente développent des symptômes persistants ?



La course à pied gagne en popularité en raison de ses bénéfices pour la santé et de son faible coût. Simultanément, l’incidence des blessures liées à cette pratique augmente. La tendinopathie d'Achille (AT) est l'une des blessures les plus courantes en course à pied, environ la moitié des coureurs de hauts niveau en ont eu au moins une fois au cours de leur carrière d’athlète. Il est donc important d'identifier avec précision le nombre de coureurs qui développent des symptômes persistants et, en outre, de déterminer les facteurs de pronostic pour le développement de symptômes persistants.
C’est ce qu’on tenté de démontrer Lagas et al. dans leur étude de cohorte prospective publiée en Juillet 2020 et nommée : « Combien de coureurs atteints d’une tendinopathie d’Achille récente développent des symptômes persistants ? ». François DUCOURANT vous propose sa synthèse traduction.
Les phases de l'AT sont actuellement classifiées dans un spectre allant de la simple tendinopathie d'apparition récente à la tendinopathie chronique dégénérative. Dans l'AT d'apparition récente, l'intégrité du collagène est considérée comme normale, avec cependant une prolifération cellulaire. L'AT chronique peut se développer lorsque les symptômes persistent ou réapparaissent et se caractérise par une désorganisation structurelle du tissu tendineux.
L'objectif principal de cette étude était de décrire le pourcentage de coureurs qui développent des symptômes persistants un an après l'apparition de l'AT. Les objectifs secondaires étaient de décrire la gravité des symptômes chez les coureurs un an après l'apparition de l'AT, l'évolution des symptômes, la consommation de soins de santé et l'activité de course, et d'identifier les facteurs de pronostic associés au développement de symptômes persistants.
 
Méthodes :
 
Cette étude de cohorte prospective est un suivi d'un an de coureurs inclus dans l'essai INSPIRE (INtervention Study on Prevention of Injuries in Runners) et qui ont déclaré une AT nouvelle. L'essai INSPIRE est une étude contrôlée randomisé qui a étudié l'effet d'un programme de prévention des blessures en ligne sur le nombre de blessures liées à la course à pied chez les coureurs se préparant à une compétition de course à pieds. Le programme de prévention en ligne n'a pas réduit le nombre de blessures liées à la course à pied, c'est pourquoi les patients inclus dans l’étude pouvaient être considérés comme une cohorte. Les coureurs ont reçu un questionnaire de base <2 mois avant et trois questionnaires de suivi 2 semaines avant, 1 jour après et 1 mois après une épreuve de course à pieds néerlandaise (5-42,2 km). Le questionnaire de base demandait des informations sur :
  • l'âge
  • le sexe
  • l'indice de masse corporelle (IMC)
  • le nombre d’années d’expérience de pratique de la course
  • la distance parcourue la semaine précédant le questionnaire de base
  • le nombre de courses par semaine
  • le nombre d’heures moyen d’entrainements/semaine au cours des 3 derniers mois
  • le nombre moyen de kilomètres/semaine au cours des 3 derniers mois
  • le rythme moyen en minutes par kilomètre au cours des 3 derniers mois
Les questionnaires de suivi demandaient si le coureur avait développé une blessure liée à la course et si oui, à quel endroit.
 
Étude prospective de suivi :
Les participants qui ont développé une AT entre la date d’inscription à l’étude et jusqu’à un mois après la course ont été inclus. L'AT a été définie comme une blessure localisée au tendon d'Achille causée par la course à pied, et un ou plusieurs des critères suivants devaient être remplis :
  • la blessure a entraîné une réduction de la distance, de la fréquence, de la vitesse ou de la durée de la course pendant au moins une semaine
  • la blessure a conduit à un rendez-vous avec un médecin et/ou un physiothérapeute et un médicament a été utilisé pour réduire les symptômes.
Il n'a pas été question de distinguer les différents types de tendinopathie d’Achille, car il n'existe pas encore d'approche validée basée sur un questionnaire pour faire cette distinction. Un questionnaire de suivi a été envoyé un an après la course aux coureurs qui ont déclaré une AT d'apparition récente. Ce questionnaire était divisé en six sections
  1. symptômes actuels de l'AT
  2. gravité des symptômes
  3. consommation de soins de santé
  4. évolution des symptômes de l'AT
  5. activité de course
  6. présence de troubles métaboliques (figure 1).
 
Mesures des résultats :
La principale donnée mesurée était le pourcentage de coureurs qui ont déclaré avoir développé des symptômes persistants au niveau du tendon d'Achille un an après les premiers symptômes d’une AT. Les symptômes ont été exprimés par une seule question : "Avez-vous encore des symptômes de votre tendinopathie d'Achille ? (Figure 1).
Les mesures secondaires des résultats étaient :
  • la gravité des symptômes chez les coureurs un an après le développement de la nouvelle AT, exprimée par le score VISA-A (Victorian Institute of Sports Assessment-Achilles tendinopathy)
  • l'évolution des symptômes de l'AT
  • la consommation de soins de santé
  • l'activité de course et les facteurs de pronostic potentiels pour le développement de symptômes persistants.
Les facteurs de pronostic potentiels sont le sexe, l'âge, l'indice de masse corporelle (IMC), l'expérience de la course en années, la distance parcourue par semaine et l'AT précédente, ainsi que le fait d'avoir un trouble métabolique (tous deux indiqués dans le questionnaire de suivi à un an, sur la base des réponses aux questions de la figure 1).
 
Analyse statistique :
Dans toutes les analyses statistiques, une valeur p inférieure à 0,05 a été jugée significative.
 

Résultats :
 
Au total, 1929 coureurs ont été inclus dans l'essai INSPIRE et ont rempli au moins un des questionnaires de suivi, et 100 ont déclaré une AT nouvelle (5%). Parmi ces coureurs ayant déclaré une AT nouvelle, 62 coureurs (62 %) ont rempli le questionnaire de suivi à un an. 
Dans 32% des cas, les coureurs ont déclaré avoir des symptômes persistants
 
Gravité des symptômes
Après un an, les coureurs qui ont obtenu le score VISA-A (61 %) avaient une gravité des symptômes de 85,1 (17,9), exprimée en score moyen VISA-A (SD). Aucun des coureurs qui ont déclaré des symptômes persistants n'a obtenu un score VISA-A supérieur à 97 points. Parmi les coureurs qui ont déclaré avoir récupéré, 52 % ont obtenu un score VISA-A >97.
 
Évolution des symptômes
La douleur résultant de l'AT a été le plus souvent décrite comme une "douleur qui diminue progressivement" (60%). Cette description a été utilisée par 70 % des coureurs qui ont déclaré avoir récupéré entièrement. Il y avait une grande variation de description de l’évolution de leurs douleurs au sein du groupe de coureurs dont les symptômes persistaient :
  • 30% : "douleur diminuant progressivement"
  • 25% : "douleur persistante avec de légères fluctuations"
  • 15% : "crises de douleur avec des périodes sans douleurs entre les crises »
  • 15% : "crises de douleur avec douleur intermédiaire"
  • 10% : "douleur augmentant progressivement"
  • 5% : "douleur persistante avec crises de douleur"
 
Consommation de soins de santé
Durant l’année de suivi, plus de la moitié des coureurs (56 %) ont consulté un professionnel de la santé pour leur AT. L'échographie est l'outil d'imagerie le plus souvent mentionné (16 %). Presque tous les coureurs ont eu recours à une forme de traitement, dont le repos relatif (82 %) et les exercices (77 %) ont été les plus populaires.
 
Activités de course à pied
Après le développement de l'AT, 66 % des coureurs ont adapté leurs activités de course au cours de l’année en raison de leurs symptômes: 53% en fréquence, 47% en vitesse et 45% en durée. Un an après l'apparition de l'AT, 23 % des coureurs avaient encore adapté leurs activités de course à pied en raison des symptômes.
Les coureurs présentant des symptômes persistants ont réduit la distance parcourue par semaine de la médiane (IQR) de 20,0 km (20,0) à 3 mois avant le début de l'étude à 15,0 km (20,0) 3 mois avant le suivi d'un an (p=0,041). Il n'y a pas eu de changement significatif dans le nombre médian (IQR) d'heures de course par semaine de 3,0 heures (2,0) à 2,0 heures (2,5) (p=0,100) et il n'y a pas eu de changement significatif dans le rythme médian (IQR) (5,0min/km (1,0) contre 5,5min/km (1,5), p=0,329).
Les coureurs qui ont déclaré avoir récupéré ont diminué leur rythme médian (IQR) de manière significative, passant de 5,0 min/km (1,0) à 6,0 min/km (1,3), p=0,030, tandis que le nombre d'heures par semaine (2,8 heures (2,6) contre 3,0 heures (2,0), p=0,196) et le nombre de kilomètres par semaine (20,0 km (23,5) contre 20,0 km (26,3), p=0,912) n'ont pas changé de manière significative. Il n'y a pas eu de différences entre les groupes en ce qui concerne les heures de course, les kilomètres parcourus ou le rythme de course médian.
 
Facteurs de pronostic pour le développement de symptômes persistants
Une distance de course plus élevée par semaine avant l'apparition de l'AT était associée à un risque plus faible de développer des symptômes persistants (RC 0,9, 95%CI [0,9;1,0]). Il y avait une tendance à associer le fait d'avoir un des troubles métaboliques (RC 5,7, 95 % IC [0,9;36,2]) à un risque accru de développer des symptômes persistants.
 

​Combien de coureurs atteints d'une tendinopathie d'Achille récente développent des symptômes persistants ?
Discussion :
 

Il s'agit de la première étude à indiquer combien de coureurs développent des symptômes persistants un an après l'apparition de l'AT. Un tiers des coureurs ont déclaré des symptômes persistants un an après l'apparition de l'AT. Un quart d'entre eux ont encore adapté leurs activités de course un an après l'apparition de l'AT, en raison de la persistance des symptômes de l'AT. Chez les coureurs qui ont développé une AT, une plus grande distance de course par semaine avant l'apparition de l'AT était associée à un risque moindre de développer des symptômes persistants. En outre, il a été constaté une tendance positive à l'association entre le fait d'avoir un trouble métabolique et le développement de symptômes persistants.
 
Symptômes persistants
Johannsen et al. ont rapporté que 37% des patients atteints d'AT chronique éprouvent un certain degré de douleur et une réduction de leur fonction après 10 ans de suivi, ce qui est similaire aux 32% de symptômes persistants auto-déclarés dans l’étude ici présentée. D'autres études ont rapporté qu'environ 35 à 60 % des patients atteints d'AT chronique présentaient des symptômes persistants après un suivi de cinq ans ou plus. Cette différence peut s'expliquer par l'hétérogénéité des études, car il y avait des différences dans la définition de la guérison, le type d'AT, la durée et la population étudiée.
 
Gravité des symptômes
La gravité des symptômes peut être exprimée à l'aide du score VISA-A validé (0-100 points, 100 points représentant un rétablissement complet). Les patients ont déclaré une moyenne et un écart-type de 85,1 (17,9) un an après le maintien de l'AT de nouveau départ. Cette étude est la première à signaler la gravité des symptômes un an après l’apparition d'une AT. L'état symptomatique acceptable du patient (PASS), une valeur qui représente le niveau de symptômes acceptables pour le patient, n'est pas encore déterminé par le score VISA-A.
On ignore actuellement comment interpréter la gravité des symptômes en fonction de l'expérience des patients. La détermination du PASS pour le score VISA-A aidera les études futures à interpréter si la gravité des symptômes sera jugée acceptable par le patient.
 
Activités de course à pied
Un coureur sur quatre a adapté ses activités de course à pied un an après l'apparition de l'AT, à cause des symptômes. Les coureurs présentant des symptômes persistants ont réduit la distance parcourue par semaine de 5 km, tandis que les coureurs qui ont déclaré avoir récupéré ont ralenti leur rythme de 1 min/km. Le rythme plus lent chez les coureurs qui ont déclaré avoir récupéré correspond à l'hypothèse mentionnée précédemment, selon laquelle le pourcentage de récupération auto-déclarée est plus élevé que la récupération selon le score dichotomique VISA-A. Les coureurs s'estiment probablement rétablis, alors qu'ils n'ont pas retrouvé leur niveau sportif d'avant la blessure. Bien que l'AT se produise fréquemment chez les personnes actives, il n'existe pas d'autres études décrivant les ajustements de l'activité (de course) en raison des symptômes de l'AT.
 
Recommandation pour la recherche future
Cette étude montre une association intéressante entre la distance parcourue par semaine et la persistance des symptômes. Actuellement, on ne sait pas exactement comment les coureurs ont adapté leurs activités de course à pied. Les données du système de positionnement global (GPS) sont souvent utilisées par les coureurs pour évaluer leurs progrès personnels. Il serait intéressant d'analyser l'association entre la distance de course par semaine, analysée avec les données du GPS, et le développement de symptômes persistants chez les coureurs 1 an après le début de l'AT, afin d'identifier les ajustements optimaux de la charge d'entraînement pour ce groupe de patients.

Conclusion :
 
Un tiers des coureurs développent des symptômes persistants un an après le début de l'AT. Un an après l'apparition de la pathologie, un quart des coureurs avaient encore adapté leurs activités de course à pied en raison des symptômes. Une distance de course plus importante par semaine, signalée avant l'apparition de la tendinopathie, était associée à un risque moindre de développer des symptômes persistants. Des recherches futures sont nécessaires pour une analyse approfondie de l'association entre les facteurs de pronostic externes et internes et le développement de symptômes persistants.

​Combien de coureurs atteints d'une tendinopathie d'Achille récente développent des symptômes persistants ?
Reference de l’etude :
 
Lagas, I., Fokkema, T., Bierma‐Zeinstra, S., Verhaar, J., van Middelkoop, M. and de Vos, R., 2020. How many runners with new‐onset Achilles tendinopathy develop persisting symptoms? A large prospective cohort study. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports,.
 




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