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ARNAUD BRUCHARD, DIRECTEUR DE KINESPORT ET FONDATEUR DE LA MÉTHODOLOGIE 11LEADER, PARLE A DÉCOUVERT SANS DETOUR



Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour, je m’appelle Arnaud, j’ai 44 ans, masseur-kinésithérapeute et avant tout passionné de mon métier. Concernant mon activité de kinésithérapeute, je travaille dans le sport d’élite depuis 21  ans et j’enseigne depuis 20 ans dans plusieurs pays d’Europe. J’ai commencé comme kinésithérapeute au club de DIJON, puis SEDAN après leur accession en ligue 1. Pendant cette période, je me suis mis à travailler sur les sujets du réentraînement du blessé sur le terrain, l’adaptation au travail individualisé, la lésion musculaire et les process biomécaniques et sensori-moteurs dans la gestuelle. Je me suis formé alors en médecine naturelle et biologique en Allemagne pour mieux comprendre les équilibres de l'interface bio-physiologie, à la préparation physique en France, en Angleterre et aux États Unis, aux différentes thérapies manuelles mais aussi aux instruments tels que l’imagerie, la myométrie, la télémétrie et différents procédés innovants. Et puis, j’ai beaucoup voyagé pour découvrir et apprendre de tous… j’avais besoin d’engranger un maximum de connaissances pour comprendre les liens qui unissent santé et performances et les moyens existants pour les mesurer. J’ai collaboré avec Polar pour la mise en place des cardiométries et des variabilités dans le championnat anglais. Puis de fil en aiguille j’ai travaillé en premier league en club puis en consulting en tant que chef de projet performance, fonction qui n’existait pas encore à cette époque.  J’ai eu la chance d’être sollicité par ailleurs dans d’autres sports tels que la moto, le biathlon, le tennis, la natation, ce qui m’a permis de prendre de la distance sur l’adaptation des sollicitations de chaque sport. Depuis maintenant 8 ans, je tente de mettre en place une méthodologie et de la faire évoluer, pour optimiser la prise en charge individuelle du sportif que j’ai nommé 11LEADER, à la base dédiée au football d’où son nom. 
Enfin en parallèle, j’ai créé KINESPORT avec Thierry BLAIN en 2003 et depuis cette période, et particulièrement depuis 2006 où j’ai continué le management seul de la structure. Je tente d’insuffler mon énergie et ma passion dans l’évolution de la kinésithérapie du sport, par un travail de recherche constant et de réflexions collectives avec mes proches collaborateurs, pour certains devenus amis. 



1- Qu'est-ce que la méthodologie 11Leader?

L’idée était de proposer une solution santé et performance complémentaire au suivi de club, face aux différents constats des contraintes réelles des professionnels travaillant dans ces clubs. Il fallait replacer le sportif au cœur du process et non pas seulement la performance collective à l’instant T. Les personnes en club n’ont pas tous les moyens que l’on peut penser pour travailler. Manque de temps, d’organisation, d’acceptation, trop souvent ils sont sous la pression constante des critiques et remises en question par des « érudits » experts autoproclamés, ce qui favorise les défiances et le cloisonnement des décisions. La prise en charge individuelle parallèle dans le football n’était pas encore développée et surtout elle était secrète. Il a fallu jouer de transparence et de discussions ouvertes pour se faire accepter pour finalement aujourd’hui travailler sereinement avec des clubs de haut niveau tels que le FC Barcelone, Manchester City, Paris S-G, Sporting Club Portugal, Sevilla FC, Atlético Madrid, Valencia FC, Celtic Glasgow… et même maintenant dans d’autres sports tels que le tennis avec par exemple Séréna Wiliams ou Florent MANAUDOU.  Faire comprendre notamment en France que souvent on ne travaille pas assez, et que cela peut être en phase avec les blessures et les baisses de performances, n'est pas un message facile à transmettre et mes différentes expériences à l'étranger m'ont beaucoup aidé. J’ai maintenant une team de 11 kinésithérapeutes salariés qui travaillent dans toute l’Europe et des prestataires pour répondre à chacune des problématiques rencontrées dans le Return to Play, la prévention, les bilans et traitements, la biomécanique gestuelle et le follow-up. 


2-Pouvez-vous nous parler de KINESPORT ?

J’ai beaucoup de fierté à ce que nous soyons aujourd’hui, à travers notre groupe, l’influenceur majeur de la kinésithérapie du sport et même son leader. J’ai débuté avec rien, les poches vides et la suite s’est construite sur beaucoup de travail et de détermination. Je me suis imposé dès le début de justifier au maximum tout ce que l’on décidait de pratiquer. Je me suis mis à lire énormément et à mettre en pratique pour tester. Encore aujourd’hui je m’impose 15 heures de lectures scientifiques hebdomadaires. Il y a plus de 10 ans, il n’y avait pas autant d’accessibilité aux publications, aux études et aux chercheurs. Il fallait être curieux, malin et honnête. Depuis maintenant une dizaine d'années, KINESPORT est le numéro 1 de la formation tout organisme confondu en kinésithérapie en France et cela n’est pas le fruit du hasard. Pour cela il a fallu être exigeant, très exigeant car il ne faut jamais perdre l’idée qu’au-delà de ses intérêts personnels il y avant tout la notion de service, qui doit être dans l’excellence pour ses stagiaires.  Il a fallu être honnête et ne pas tomber dans du marketing alléchant sur des fausses pratiques et apparences pour attirer le chaland comme on le voit de manière fréquente aujourd’hui. Il a fallu reconnaître ses lacunes, et accepter de s’être trompé mais aussi être capable encore aujourd’hui de dire, dans 5 ans, 50% de ce que l’on vous explique sera peut-être remis en question. Il a fallu prendre des décisions et les assumer comme arrêter certaines formations car non encore fondées sur les preuves ou en inadéquation avec les reconnaissances modernes du CNOMK tels que les formations sur le crâne et le reboutement. Et enfin, il a fallu encaisser, car beaucoup de critiques ont été déversées sur kinesport , pour de fausses raisons, mais on sait tous pourquoi. Ce qui est sûre, c’est que KINESPORT va continuer à dépenser beaucoup d’énergie dans son développement, ses reconnaissances, sa participation aux recherches et va multiplier ses actions de partage. Nous avons adopté 2 tag-lines, qui ont intégré notre ADN, à savoir « PARTAGER GRANDIT ! » que vous avez peut-être vu ces dernières semaines, pour souligner l’importance que nous allouons à cette notion de mutualisation des expériences. La seconde est « REVEAL YOU » pour renforcer cette idée que la formation est tournée vers chacun de nos stagiaires, pour qu’il se révèlent, à une meilleure pratique. Enfin Kinesport c'est aussi 17 salariés administratifs  et plus de 50 formateurs qui chaque jour essayent de s'améliorer. 


3-Quels sont vos meilleurs souvenirs chez KINESPORT et en kinésithérapie du sport ?

Comme tout le monde il y en a beaucoup, alors je vais en citer deux pour chaque. Du côté de ma pratique en kinésithérapie du sport je retiendrais un moment fort, lors de notre entretien avec Gregory VISERY avec le staff médical du FC Barcelone, dans l’antre du centre d’entraînement à la Ciutat Esportiva Joan Gamper sur le sujet du diagnostic et de nos préconisations à propos d’un joueur international. A la fin de cet entretien ils nous ont dit, « merci, considérez qu’ici dorénavant c’est aussi votre maison». Le second que je retiendrais aussi est la première sélection d’ADRIEN SILVA, en équipe du Portugal, joueur pour qui j’ai donné sans compter dans son retour au plus haut niveau  alors qu’il ne jouait plus dans un club en Israël jusqu'au sacre de champion d'Europe contre la France.  Vous vous appropriez ces moments même s’ils ne vous appartiennent pas tellement vous y avez mis d’énergie, de temps et de cœur, mais c’est bien le but du projet: s’investir dans l’ombre pour la performance de votre protégé.

Concernant KINESPORT, je retiendrais une rencontre exceptionnelle il y a plus de 10 ans, en cours de formation où j’avais en face de moi 2 monstres de la kinésithérapie, Franck SCOTTE Et David ROUGEMONT. On a tellement à apprendre de professionnels comme eux, tant dans la connaissance que l’attitude. De cette rencontre s’est suivie une amitié, et une collaboration sur laquelle est portée KINESPORT.

Le second, en dehors de toutes les satisfactions des confrères formés avec un grand sourire en fin de formation, est plutôt qu’un moment, un constat.  Celui de voir des professionnels en cours de formation, de les booster dans leur pratique, de les guider puis de voir plusieurs années après leurs évolutions. Je pense ici, à Geoffrey VAN OVERSHIELD de Rennes, Grégory VISERY, Germain SANIEL, Anthony MARTIN et bien d’autres.


4- Aujourd’hui, quelles importances ont les réseaux sociaux sur la profession de kinésithérapeute ? 

 Nous sommes dans une période très complexe. Les réseaux sociaux sont en train de métamorphoser les échanges, où certains s’octroient une légitimité. Il n’y a pas de débats scientifiques, mais des débats de réseaux. L’invective y remplace l’argument. Les réseaux nous amènent dans un canal où les énoncés scientifiques ne sont plus évalués en tant que tel, mais appréciés selon les intérêts avec lesquels ils se recoupent. C’est d’ailleurs la meilleure façon de se faire un nom aujourd’hui. On y lit aujourd’hui des synthèses d’études incomplètes et orientées, des « vendeurs » d’applications gratuites donnant des leçons de méthodologie sans compétence ni légitimité, des marketings d’acronymes « modernes » comme vecteurs de communication sans en transpirer les valeurs, des néo-organismes autoproclamés supérieurs sans aucun respect éthique… Les échanges ont une hostilité de principe et beaucoup pensent que le plus agressif gagnera mais ils se trompent. Un nombre important de professionnels pense que c’est la guerre entre organismes de formations, hors ce n’est pas vrai. C’est pourquoi, de ma propre initiative, j’ai tenté de réunir les organismes de formation en kinésithérapie du sport, signataires de la charte du CNOMK, dans un esprit collectif d’éthique et de valeurs, auxquels ont déjà commencé à répondre SFMKS ; INK, SSK Formation, Kiné Lille Formation, CEVAK et ITMP, les seuls organismes privés à ce jour reconnus en kinésithérapie du sport.

A l’inverse il y a aussi des ondes positives. Les réseaux ont aussi une importance primordiale dans l’échange et le partage. On y trouve des exercices ingénieux et réfléchis, des vraies analyses de publications, des questions avec des réelles problématiques. Il va falloir dans les années à venir faire le tri et conjuguer parmi les avantages/inconvénients l’équilibre pour optimiser les pratiques et les entraides. 



5 -Quelles sont les évolutions à venir en kinésithérapie (du sport) ?

En termes de connaissances je suis convaincu de plusieurs choses. La neuroplasticité, la biologie préventive-thérapeutique-préventive dont la génomique, les connaissances sur le cartilage, la possibilité aux accès direct, et le retour au calme post EBP, vont nous permettre d’anticiper mieux et d’optimiser nos traitements. J’appelle le retour au calme de l’EBP non pas un stop bien entendu, mais une clairvoyance. Le background EBP est un support indispensable il n'y a aucun débat à ce sujet. Tout raisonnement doit reposer sur des justifications et des expériences mais c’était déjà en partie le cas. Il faut encore régler le niveau de preuves dans le choix des pratiques mais il ne faut pas y perdre notre main. Il n’y aura pas de kinés EBP ou pas EBP, BPS ou pas BPS. Ce n’est pas aujourd’hui un contexte binaire, comme ça ne l’était pas avant, alors que beaucoup le prétendent pour prétexter une différence et une valorisation. La France n’était pas encore prête à cette inondation de communication, et les kinésithérapeutes y verront bien plus clair quand ils auront suffisamment de distance pour faire le tri. La kinésithérapie en France a énormément de compétences et il faut aussi le reconnaitre et la valoriser. Par contre, la téléconsultation pour les kinésithérapeutes me fait très peur. Peut-être ai-je tort mais je trouve que nous allons faire face un niveau de danger « 3.0 » et tellement éloigné de notre cœur de métier. Chacun est libre de s’y engouffrer mais je n’irais pas de moi-même.


6- Vous avez remis en question récemment les protocoles en aigu après lésions musculaires, pouvez-vous nous en dire plus ?

Pour commencer ce n'est pas un travail personnel, je n'ai pas cette prétention. Nous avons été aiguillés et les échanges avec le laboratoire neuromyogène de Lyon ont bien accéléré nos travaux sur le sujet. Il ne faut pas oublier non plus que l'on s'est engagé avec un conseil scientifique, constitué d 'experts scientifiques,  qui valide nos contenus. Un certain nombre d’évidences remet en question des pratiques ancrées dans les traditions dans le cadre de la lésion musculaire. Le froid en aigu par exemple est remis en question sur son rôle délétère sur la cicatrisation et les processus myogéniques. Seulement les travaux ne reposent qu’à travers des expériences sur le rat. A l’inverse, le chaud a démontré toute son efficacité sur les phénomènes pro-inflammatoires, anti-inflammatoires et myogéniques chez l’animal et chez l’homme. Le constat est perturbant. Certains répondent, ancrés dans leurs habitudes que les résultats ne sont pas validés sur les lésions musculaires, puisque étudiés sur des lésions types courbatures. Mais nous parlons ici des mêmes protéines, des mêmes cellules, des mêmes process de cicatrisation. D’autres publications vont être mises en avant dans les mois prochains pour élucider cette remise en cause. Les études sur les volumes liquidiens (exsudat) post-lésion nous montrent qu’ils sont bourrés de facteurs de croissance, de cytokines bénéfiques pour la cicatrisation et provoquent des expressions génétiques pour la reconstruction musculaire et conjonctive. De fait, il ne faut pas éliminer cet exsudat les premiers jours. Et les découvertes ne s’arrêtent pas là. On se dirige aujourd’hui vers des protocoles post LMA en aigu avec des applications de chaud, et la confirmation d’une mobilisation très précoce.


7- Quels conseils donneriez-vous aux jeunes kinésithérapeute du sport ?

Tout simplement d’y croire. Le réseau n’est plus un paramètre indispensable pour se faire recruter dans le haut niveau. Je les motive à construire leur projet professionnel, de proposer un réel projet médical aux structures, et de croire en eux. Néanmoins, il n’y a pas que le haut niveau. Seuls 10% des confrères en formation souhaitent travailler dans l’élite. Il faut aussi développer le suivi de tous les sports à tous les niveaux, les prise en charge forme et santé, les accompagnements… Chacun doit y trouver la voie où il s’épanouit le plus. 

 

ARNAUD BRUCHARD, DIRECTEUR DE KINESPORT ET FONDATEUR DE LA MÉTHODOLOGIE 11LEADER, PARLE A DÉCOUVERT SANS DETOUR
Merci Arnaud d'avoir répondu à cet interview. 


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