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Athletic Groin Pain : une étude de cohorte prospective sur l'évaluation biomécanique du changement de direction identifie trois stratégies de mouvements



INTRODUCTION


 
L’Athletic Groin Pain (AGP) est une pathologie chronique commune dans le sport professionnel et amateur (1-2). Une récente revue systématique au football (2) a rapporté que les blessures de la hanche et de l'aine étaient les troisièmes blessures les plus courantes (14%).


La recherche sur AGP s'est concentrée à ce jour à essayer de localiser la structure blessée ou douloureuse cliniquement (8-10), radiologiquement (11-13), et chirurgicalement (14-18).
L’examen clinique existant chez les patients atteints d'AGP a souvent été largement confiné à la palpation douloureuse (19-21), l’amplitude de mouvement (20), et la force au dynamomètrique (22-23) dans un seul plan.
 
La coordination segmentaire biomécanique pendant le mouvement a rarement été prise en compte. Cette coordination peut être examinée à l'aide d'un système d'analyse de mouvement tridimensionnel. Ces derniers ont identifié avec succès le pathomécanisme des lésions du ligament croisé antérieur (27) et pourraient également aider à expliquer les causes des structures douloureuses rencontrées dans l'AGP.
Par conséquent, l'étude des stratégies de mouvement lors d'une tâche de déplacement multidirectionnel pourrait révéler des mécanismes de blessures potentiels.
 

METHODE


 
  • Participants
Au total, 382 participants masculins présentant un AGP chronique ont été recrutés. Tous les joueurs étaient des athlètes expérimentés au changement de direction sur terrain.
Un historique détaillé, un examen clinique, (10) et un score de résultat de la hanche et de l’aine (28) et une IRM ont été effectués sur chaque participant. Cette évaluation combinée a abouti à un diagnostic clinique anatomique pour chaque participant.
 
Athletic Groin Pain : une étude de cohorte prospective sur l'évaluation biomécanique du changement de direction identifie trois stratégies de mouvements

  • Examen biomécanique
Après échauffement, le protocole de test multidirectionnel impliquait trois essais d'effort maximaux d'une manœuvre de virage avec un angle planifié à 110 ° (figure 1A) (31).
Les instructions données étaient les suivantes : courir le plus vite possible vers le cône (triangle rouge, figure 1A), faire un seul appui complet devant le cône et courir jusqu'à la ligne d'arrivée.
 
  • L'acquisition et l'analyse des données
Un système d'analyse de mouvement à huit caméras, synchronisé avec deux plates-formes de force a été utilisé pour enregistrer 24 marqueurs réfléchissants (1,4 cm de diamètre) et des forces de réaction au sol (GRF) (figure 1B).
 

RESULTATS


 
Trois stratégies distinctes de mouvement ont été identifiées avec des différences dans les phases de freinage et d'accélération par cinématique de mouvement des articulations et des plans et cinétique par articulation et plan.
Chaque stratégie est représentée picturalement dans le plan sagittal (figure 6) et frontal (figure 7) en soulignant les différences grossières, et en comparaison du moment et du travail total effectué par articulation (figure 8).

  • Stratégie 1
Le groupe 1 représente 40% (n = 128) de la cohorte, et les principales caractéristiques du groupe sont l'augmentation de l'éversion et de la rotation externe de la cheville, de la rotation interne du genou tout au long de la phase de freinage et d'accélération. En outre, le groupe 1 a démontré un degré élevé de rotation interne de la hanche. Le segment du thorax démontre la plus petite inclinaison antérieure et une inclinaison ipsilatérale moyenne tout au long de la phase de freinage, alors qu'elle présente une rotation tardive vers le sens de déplacement en phase d'accélération,
Ces caractéristiques cinématiques correspondent aux différences cinétiques (figures 8) observées avec un groupe 1 démontrant la plus grande proportion de travail effectué par le genou.
 
  • Stratégie 2
Le groupe 2 représente 19% (n = 62) de la cohorte et est différencié du groupe 1 et 3, principalement par des degrés plus importants de flexion de la hanche (taille 0.86-1.41) pendant le freinage et l'accélération. Au bassin, nous avons observé une inclinaison antérieure accrue ainsi qu'une chute contralatérale réduite et une rotation ipsilatérale tout au long du cycle. Au thorax, le groupe 2 a démontré une inclinaison antérieure et inclinaison ipsilatérale accrue.
Cela correspond à la cinétique démontrant la plus forte proportion de travail effectué à la hanche (figure 8)
  • Stratégie 3
Le groupe 3 représente 41% (n = 132) de la cohorte et a été caractérisé par une flexion réduite de la hanche et du genou ainsi que par une augmentation de l’inclinaison contralatérale du bassin. En outre, le groupe 3 a démontré une diminution du valgus du genou et de la rotation interne de la hanche, une réduction de l'extension de la hanche, et une adduction de hanche plus élevée dans la phase d'accélération que les autres stratégies. Nous avons observé une augmentation de la rotation controlatérale du bassin. Le thorax a démontré une augmentation de l’inclinaison contralatérale (pendant la phase d'accélération) et de rotation vers la direction du déplacement (rotation controlatérale).
Le groupe 3 a présenté un travail prédominant effectué au niveau de la cheville (figure 8).

  • Diagnostics cliniques
Aucune relation significative (p> 0.644) n’existe entre les stratégies de mouvement et les diagnostics anatomiques. Le diagnostic anatomique le plus fréquent de la lésion de l'aponévrose a été réparti uniformément entre les stratégies de mouvement.
 

DISCUSSION



Ces stratégies peuvent représenter différents mécanismes de distribution de la charge résultante, entre des segments qui ont une stratégie dominante du thorax, de la hanche, du genou ou de la cheville, pouvant entraîner une surcharge des tissus et une propagation vers l'AGP, ou pouvant être compensatoire en raison du risque de tolérance de la structure lésée (42)
  • Articulation de la hanche
La flexion de la hanche différait fortement entre les groupes sur tout le cycle de mouvement (groupe 2> 1> 3). Cela implique beaucoup de différences dans les forces articulaires antérieures de la hanche entre les groupes, notamment en cisaillement. Ce qui peut entrainer un risque de surcharge du muscle stabilisant, car la surface cartilagineuse de la hanche est conçue pour tolérer principalement des charges en compression. (47) Ce constat a déjà été démontré lors de la marche où Lewis et al (45) ont signalé des changements significatifs (24%) dans la force articulaire de la hanche antérieure (force à travers l'acétabulum et la branche pubienne antérieure) avec seulement une réduction de 2 ° de l'angle d'extension de la hanche.
  • Thorax
Le segment du thorax a démontré de grandes différences dans les trois plans entre les groupes
Or dans notre cohorte, nous avons identifié le canal inguinal comme le principal site de la douleur dans> 60% des cas.
L'inclinaison antérieure du thorax plus grand (groupe 2) a été associée à une plus grande activation des longs adducteurs (49) et une plus grande activation des extenseurs de la hanche
La symphyse pubienne peut être considérée comme le pivot ou le point d'appui autour duquel nombreuses de ces forces sont exercées (59) et la douleur dans la symphyse et branche pubienne est un signe clinique commun chez AGP.
L'augmentation du cisaillement et de la charge de compression sur la symphyse pubienne, du droit abdominal et de l’insertion des adducteurs pourrait aussi modifier la relation entre le risque de blessure et la charge d'entraînement sur le terrain. Nous proposons qu'une telle modification de la charge mène directement à l'œdème du pubis souvent observé sur IRM (60) et qui se réfère de façon incorrecte à l'ostéite pubienne (61). Il s'ensuit qu'un certain degré d'œdème osseux se produit chez des athlètes asymptomatiques (13,62) et ayant été démontré qu'il ne se résolvait pas après la chirurgie pour AGP. (63,64)
 
  • Cheville
L'articulation de la cheville détermine comment les forces de réactions au sol se déplacent vers les articulations proximales. La cinématique de l'articulation de la cheville a fortement varié dans les trois plans. (Travail de la cheville dans les stratégies : 2<1<3)
Cela suggère que chacune des stratégies identifiées de l'articulation de la cheville induit des forces sur les articulations proximales différemment.
 
  • Relation entre la stratégie de mouvement et le diagnostic clinique
Nous nous attendions à voir une relation entre le type de stratégie et le diagnostic anatomique spécifique, ce qui n'était pas le cas. Si l'AGP est le résultat du désaccouplement du contrôle segmentaire dans les mouvements multidirectionnels répétitifs, un continuum de surcharge musculotendineux et osseux peut être un modèle étiologique plus approprié.
Nous soutenons que la condition AGP est l'émergence d'un site d'échec tissulaire secondaire à une surcharge biomécanique. Une fois dépassé, soit en raison de la charge d'entraînement, des déficiences techniques ou des anomalies anatomiques ou blessures sous-jacentes, cela se présente comme une douleur au niveau du site d'échec tissulaire. (65)

Les programmes de rééducation non chirurgicaux existants visent principalement le muscle adducteur, en raison du déficit de force perçu (23,69,70) ou des muscles abdominaux.
Or nous n'avons pas identifié de faiblesse constante significative dans chacune des stratégies pathologiques. Il en était de même dans l'analyse du mouvement du thorax et du bassin.
 

PERSPECTIVES


 
À l'avenir, la recherche sur l’AGP devrait être moins axée sur l'introspection des structures anatomiquement douloureuses (15), mais plus sur la résolution de la propagation des mouvements douloureux en réhabilitation et en prévention des blessures.
La littérature actuelle ne satisfait pas à la question de « ce qui est un mouvement optimal », mais nous avons démontré dans une autre étude les déterminants de la performance de cette manœuvre de changement de direction avant des participants normaux (31)
 

Texte d’origine



Athletic groin pain (part 2): a prospective cohort study on the biomechanical evaluation of change of direction identifies three clusters of movement patterns. A Franklyn-Miller, C Richter, E King, S Gore, K Moran, S Strike, E C Falvey
 
Références :
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2 Walden M, Hagglund M, Ekstrand J. The epidemiology of groin injury in senior football: a systematic review of prospective studies. Br J Sports Med. 2015;49:792–7. 8 Bradshaw CJ, Bundy M, Falvey E. The diagnosis of longstanding groin pain: a prospective clinical cohort study. Br J Sports Med 2008;42:851–4.
9 Brukner P, Khan KM. Clinical sports medicine. McGraw Hill, 2012:545.
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