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COMMENT SE SERVIR D'ÉTUDES DE FAÇON TROMPEUSE OU INUTILE



Utilisées aujourd'hui comme de simples supports de communication, les publications scientifiques devenues très nombreuses sont autant source d'erreurs selon comme elles sont utilisées. Chez KINESPORT, nous tentons de faire preuve de discernement, et cela n'est pas toujours simple, avouons-le !

Comment Kinesport sélectionne ses études ?
    
11 kinésithérapeutes spécialisés dans le sport de haut niveau travaillent quotidiennement sur la vieille scientifique afin de sélectionner les études référencées les plus pertinentes et complètes publiées dans le monde entier. 

Il ne suffit pas de copier-coller le titre puis d’écrire le résume de la conclusion de l’abstract comme beaucoup le font malheureusement aujourd’hui à des fins orientées. 

Chez Kinesport, nous sélectionnons les publications en fonction de leurs niveaux de preuves, leurs critiques et ce en quoi elles peuvent influencer nos pratiques et réflexions. Elles sont ensuite intégrées aux cours et  pour certaines d'entre elles  sont rendues accessibles à travers nos communications sur notre site et nos réseaux sociaux. 

Pour exemple, parlons d’une étude de Bart Dingenen publiée il y a quelques jours et déjà relayée sur les réseaux sociaux 

Pourquoi Kinesport ne l’a-t-elle pas sélectionné ? 

Regardons cette étude d’un peu plus près, à travers l'analyse de Xavier LAURENT.


 

Progressive strength training restores quadriceps and hamstring muscle strength within 7 months after ACL reconstruction in amateur male soccer players.

Welling, W., Benjaminse, A., Lemmink, K., Dingenen, B., & Gokeler, A. (2019). Progressive strength training restores quadriceps and hamstring muscle strength within 7 months after ACL reconstruction in amateur male soccer players. Physical Therapy in Sport. https://doi.org/ 10.1016/j.ptsp.2019.08.004

OBJECTIFS DE L'ÉTUDE :
  • Comparer les résultats d’un protocole d’entrainement progressif de la force musculaire pour des joueurs de football après reconstruction du ligament croisé antérieur (ACLR) et des témoins sains.
  • Etudier les effets du protocole d’entrainement sur les pics de force du quadriceps et des ischio- jambiers ainsi que sur la fonction du genou ressentie durant la réhabilitation post ACLR.
  • Etudier les différences entre les joueurs de football post ACLR avec une greffe os-tendon rotulien et une greffe du tendon des ischio-jambiers sur les pics de force du quadriceps et des ischio-jambiers durant la réhabilitation post ACLR.
QUEL PROGRAMME ?

Les participants du groupe Intervention ayant subi une ACLR ont suivi un protocole de renforcement musculaire progressif en quatre phases. Des tests de mesure de force ont été réalisés à la 2ème, 3ème et 4ème phase permettant d’ajuster les exercices proposés en fonction des asymétries retrouvées avec pour objectif de les corriger.
A partir de la troisième phase, les participants ont réalisé des exercices d’équilibre, de reprise de course et de réception de saut. Par conséquent, les résultats présentés ne peuvent être imputés uniquement au protocole de renforcement musculaire progressif.

POUR QUELLE POPULATION ?

L’échantillon est composé d’un groupe Intervention de 38 hommes footballeurs amateurs et d’un groupe Contrôle de 30 hommes également footballeurs amateurs.


POUR QUELS RÉSULTATS ?

Les auteurs ont utilisé le dynamomètre isocinétique avec un protocole de cinq répétitions concentriques à 60°/s pour mesurer la force. Bien que, Undheim et collaborateurs aient décrit dans leur revue systématique que ces paramètres de test soient les plus utilisés, ils ne permettent pas d’accéder aux niveaux de force dans d’autres modes de contraction qui apparaissent également importants (1).

Les résultats publiés nous permettent néanmoins d’observer qu’il faut attendre les 10 mois post ACLR pour obtenir un pic de couple de force musculaire significativement plus important en faveur du groupe Intervention comparativement au groupe contrôle, en l’occurence pour le groupe musculaire des ischio-jambiers. À 7 mois post ACLR, nous observons une absence de différence significative des pics de couple de force musculaire entre les groupes.
De ces mesures de force, les auteurs calculent différentes variables : l’index de symétrie des membres inférieurs (LSI) (pic de couple de force musculaire de la jambe blessée / pic de couple de force musculaire de la jambe saine x 100) et le pic de couple relatif à la masse corporelle des participants (2).
Un LSI supérieur à 90% est un critère commun de retour au sport (RTS) post ACLR (3). En effet, une force quadricipitale symétrique permettrait de diminuer significativement le taux de récidive (4). Malgré l’entrainement de force constant et intensif, il persiste 34,2% des joueurs post ACLR qui n’ont pas obtenu un index de symétrie de force quadricipitale supérieur à 90% à 10 mois post ACLR. Les auteurs comparent ces résultats à des études précédentes en évoquant l’amélioration de ces derniers. Hors, les échantillons de ces études ne semblent pas comparables. En effet, ceux-ci sont composés d’athlètes mixtes de tous sports confondus dont un comprenant plus de 75% de jeunes femmes (5,6). En outre, ces articles proposent des résultats à 8 et 9 mois post ALCR tandis que cette étude présente des résultats à 10 mois post ACLR. Bien qu’analysant les mêmes variables, il ne semble pas fiable de statuer quant à une amélioration des résultats obtenus avec le protocole de renforcement musculaire progressif pour cette étude.

De plus, il faut être prudent avec l’analyse du LSI : ce dernier peut masquer des déficits bilatéraux et ainsi surestimer les résultats de performance (7).
Les auteurs suggèrent ainsi de rapporter la force musculaire mesurée à la masse corporelle qui semble être une mesure de force plus « adéquat » (4). Néanmoins, la comparaison entre les deux groupes dans cette étude ne semble pas fiable. En effet, on retrouve une masse corporelle significativement plus importante pour le groupe Intervention que pour le groupe Contrôle (p = 0,018).
  
Cette mesure nous permet néanmoins de suivre l’évolution de la force musculaire longitudinalement. Un seuil de 3 Nm/kg est utilisé comme référence pour la force musculaire quadricipitale par les auteurs car ce seuil semble corrélé à un bon résultat d’un auto-questionnaire patient sur la fonction de genou (9). On observe ainsi qu’à 10 mois post ACLR, 28,9% des participants n’ont toujours pas atteint ce seuil avec le protocole mis en place.

De plus, à 4 et 7 mois post ACLR, la jambe opérée du groupe Intervention présente un pic de couple de force quadricipitale relatif à la masse corporelle significativement plus faible que celui de la jambe dominante du groupe Contrôle.

Les auteurs ont également choisi d’étudier le score d’un auto-questionnaire sur la fonction du genou (IKDC). On observe que les valeurs d’IKDC n’atteignent l’intervalle de référence qu’à partir du 10ème mois post ACLR (86,5 ±5,4). Les valeurs de références choisies par les auteurs (85,1 à 89,7 pour les hommes) semblent un outil raisonnable pour indiquer un échec à la batterie de test de RTS post ACLR (3).

Enfin, les auteurs ont étudié les résultats obtenus par le groupe Intervention en fonction de leur site de prélèvement pour l’ACLR (au niveau du tendon des ischio-jambiers ou au niveau patellaire). Alors que 83,3% des joueurs prélevés au niveau des ischio-jambiers ont obtenus un score de LSI supérieur à 90% à 10 mois, seulement 35,7% des joueurs prélevés au niveau patellaire ont obtenu un LSI supérieur à 90% à 10 mois suite au protocole mis en place dans cette étude. Cela suggère qu’il faudrait mettre en place un protocole de réhabilitation adapté au site de prélèvement de l’ACLR.

 

​EN CONCLUSION :

Cette étude nous montre que le protocole de renforcement musculaire progressif post ACLR mis en place chez des footballeurs amateurs permet une récupération de la force musculaire des ischio- jambiers et du quadriceps comparable à des sujets sains à partir de 7 mois post ACLR.
Cette étude met également en lumière que près des deux tiers des footballeurs opérés avec une greffe d’origine patellaire ayant suivi ce protocole n’ont pas récupéré une force quadricipitale symétrique à 10 mois post ACLR, nécessaire au RTS. Un protocole de réhabilitation individualisé en fonction du site de prélèvement peut être suggéré.

La conclusion de cette étude nous est donc inutile en terme de résultats, d'efficience et de preuves. Ce pourquoi elle n'a pas été retenue dans le cadre de notre process KINESPORT.

BIBLIOGRAPHIE :

1. Undheim, M. B., Cosgrave, C., King, E., Strike, S., Marshall, B., Falvey, Ã., & Franklyn- Miller, A. (2015). Isokinetic muscle strength and readiness to return to sport following anterior cruciate ligament reconstruction: Is there an association? A systematic review and a protocol recommendation. British Journal of Sports Medicine, 49(20), 1305–1310. https://doi.org/ 10.1136/bjsports-2014-093962
2. Gokeler, A., Welling, W., Zaffagnini, S., Seil, R., & Padua, D. (2017). Development of a test battery to enhance safe return to sports after anterior cruciate ligament reconstruction. Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy : Official Journal of the ESSKA, 25(1), 192–199. https://doi.org/10.1007/s00167-016-4246-3
3. Logerstedt, D., Di Stasi, S., Grindem, H., Lynch, A., Eitzen, I., Engebretsen, L., ... Snyder- Mackler, L. (2014). Self-Reported Knee Function Can Identify Athletes Who Fail Return-to- Activity Criteria up to 1 Year After Anterior Cruciate Ligament Reconstruction: A Delaware- Oslo ACL Cohort Study. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 44(12), 914–923. https://doi.org/10.2519/jospt.2014.4852
4. Grindem, H., Snyder-Mackler, L., Moksnes, H., Engebretsen, L., & Risberg, M. A. (2016). Simple decision rules can reduce reinjury risk by 84% after ACL reconstruction: the Delaware- Oslo ACL cohort study. British Journal of Sports Medicine, 50(13), 804–808. https://doi.org/ 10.1136/bjsports-2016-096031
5. Welling, W., Benjaminse, A., Seil, R., Lemmink, K., Zaffagnini, S., & Gokeler, A. (2018). Low rates of patients meeting return to sport criteria 9 months after anterior cruciate ligament reconstruction: a prospective longitudinal study. Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy : Official Journal of the ESSKA, 26(12), 3636–3644. https://doi.org/10.1007/ s00167-018-4916-4
6. Toole, A. R., Ithurburn, M. P., Rauh, M. J., Hewett, T. E., Paterno, M. V., & Schmitt, L. C. (2017). Young Athletes After Anterior Cruciate Ligament Reconstruction Cleared for Sports Participation: How Many Actually Meet Recommended Return-to-Sport Criteria Cutoffs? Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 47(11), 1–27. https://doi.org/10.2519/jospt. 2017.7227
7. Gokeler, A., Welling, W., Benjaminse, A., Lemmink, K., Seil, R., & Zaffagnini, S. (2017). A critical analysis of limb symmetry indices of hop tests in athletes after anterior cruciate ligament reconstruction: A case control study. Orthopaedics & Traumatology: Surgery & Research, 103(6), 947–951. https://doi.org/10.1016/j.otsr.2017.02.015
8. Welling, W., Benjaminse, A., Seil, R., Lemmink, K., Zaffagnini, S., & Gokeler, A. (2018). Low rates of patients meeting return to sport criteria 9 months after anterior cruciate ligament reconstruction: a prospective longitudinal study. Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy : Official Journal of the ESSKA, 26(12), 3636–3644. https://doi.org/10.1007/ s00167-018-4916-4
           
9. Kuenze, C., Hertel, J., Saliba, S., Diduch, D. R., Weltman, A., & Hart, J. M. (2015). Clinical thresholds for quadriceps assessment after anterior cruciate ligament reconstruction. Journal of Sport Rehabilitation, 24(1), 36–46. https://doi.org/10.1123/jsr.2013-0110



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