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Commotions cérébrales et ETC



Commotions cérébrales et ETC

ETC : quèsaco ?

L’ETC ou « Encéphalopathie Traumatique Chronique » est une dégénérescence neuronale liée aux commotions cérébrales. Cette dégénérescence se manifeste cliniquement par de fortes migraines, des problèmes d’ouïe, des altérations graves de la mémoire, des dépressions lourdes et des pensées suicidaires.

Quels liens avec la kinésithérapie du sport me direz-vous ?
Et bien beaucoup, car les commotions cérébrales sont finalement fréquentes en sport collectif (football américain, Hockey, Rugby, football, ski…) où elle représente environ 16% des traumatismes répertoriés. « En France, on estime qu'il y a au moins 100.000 commotions par an», souligne le Dr Jean-François Chermann, neurologue, responsable de la consultation Commotion cérébrale et sport à l'hôpital Léopold-Bellan (Paris), dans le Figaro en Février 2012 [1] et auteur d'un livre sur le sujet en 2010 [2].

Face à ces chiffres, il existe alors de grandes chances d’être un jour confronté à ce traumatisme en tant que membre du staff médical d’une équipe. A nous d’en connaitre alors les signes cliniques et les conséquences à long terme. Des conséquences loin d’être légères.

L’enquête publiée dans le Monde du 2 février 2013 [3] nous fait part de quelques études américaines portant sur le football américain et la NFL (National Football League). En 2000, sur 1000 joueurs interrogés, les 2/3 ont connu une commotion cérébrale grave durant leur carrière et ¼ au moins trois. En 2007, une étude de l’université de Caroline du Nord montrait que les joueurs de la NFL ont 19 fois plus de risques que la moyenne d’être atteint par la maladie de Charcot. Et selon la revue Neurology (septembre 2012), les ex-joueurs de football sont 4 fois plus atteints par la maladie d’Alzheimer que la moyenne. Associés à des comportements agressifs et de graves troubles dépressifs, il ne devient alors pas étonnant que sur les 8 premiers mois de 2012, 4 joueurs ou ex-joueurs de la NFL se soient suicidés. Et que retrouve-t-on alors à l’autopsie : des tissus cérébraux dignes de vieillards de 85 ans !

Je l’avoue, notre sport collectif le plus « violent » en France, le rugby, est difficilement comparable aux chocs à pleine vitesse du football américain mais produit néanmoins son lot de « KO » chaque année (confère A. Palisson le 25 août 2012) et des sports comme le hockey sur glace, le football ou la boxe anglaise ne sont pas en reste. Le cerveau, bien que protégé par le LCR (Liquide Céphalo-Rachidien), ne peut être retenu suffisamment lors d’importantes décélérations et vient littéralement s’écraser contre la boite crânienne.

A ce propos, un autre dossier paru dans le Sport et Vie Hors-Série n°36 en juin 2012 [4] dresse le même portrait sans complaisance des états dépressifs des Hockeyeurs professionnels nord-américain au cours de leur carrière ou lors de leur retraite sportive. Suite à des chocs répétés, l’hypophyse, « glande de l’humeur », située juste derrière le haut du nez (bas du front) se nécroserait alors assez facilement (vascularisation pauvre et fragile) et entrainerait son cortège d’états dépressifs pouvant se révéler jusqu’à 10 ans plus tard.
Si de plus en plus d’études fleurissent pour révéler les effets à long terme, quels sont vraiment les risques à court terme d’une commotion cérébrale ?
 
Le jour du traumatisme et tant que les symptômes n’ont pas disparu, il faut redouter le «syndrome du second impact» : celui de l’hématome sous-dural après perte de connaissance qui peut écraser le cerveau et provoquer le décès de la victime par hyperpression intracrânienne. 
 
Et ce deuxième choc a de grande chance de survenir si l’activité sportive n’est pas suspendue ! Il se révèle plus grave et provoque alors une flambée des processus inflammatoires et un gonflement majeur de l’encéphale. Chez le jeune de moins de 20 ans, il engendre parfois une compression de la base du cerveau. Cette zone supervise les fonctions vitales comme la respiration et les battements cardiaques et il peut donc en résulter des conséquences graves.
Le constat récurent que les chocs à répétition ou brutaux peuvent mener à des changements neurologiques permanents du cerveau doit être communiqué aux sportifs et aux parents et ceci à tous les niveaux de pratique. Car si les joueurs professionnels sont de mieux en mieux pris en charge médicalement, les niveaux inférieurs en sont souvent démunis. Ils doivent donc être à même de reconnaitre les signes cliniques d’une commotion cérébrale et de « s’auto-gérer » (les membres de l’équipe) le cas échéant. La « volonté de se relever et d’y retourner », la peur de le dévoiler à l’entraineur pour être sur la feuille de match…doivent apparaitre désormais comme des comportements appartenant au passé.

Le sacrifice des athlètes pour le « sport spectacle » n'est pas une pratique acceptable. Avec la connaissance vient la responsabilité. A nous, kinésithérapeute du sport et responsable du staff médical de l’accepter. Après une commotion le repos sportif et intellectuel est obligatoire ! Le blessé doit quitter le terrain et un suivi médical s’impose.
La LNR (Ligue National de Rugby) a instauré à ce propos un nouveau protocole de suivi cette saison visant à mieux contrôler la phase de reprise. Ainsi, la période de trois semaines sans jouer a été remplacée par un protocole de suivi longitudinal. Ainsi, tous les joueurs réalisent en avant-saison un bilan cognitif (questionnaire). Suite à un traumatisme, un nouveau test identique est réalisé environ 48h après le choc par un neurologue ou neurochirurgien pour comparer avec le test initial. Si ce test s'avère concluant, le joueur peut commencer à reprendre progressivement l'entraînement. Ensuite, dix jours après le KO, un nouveau test cognitif est réalisé. Si ce dernier est de nouveau satisfaisant, alors le joueur peut reprendre la compétition
En cas de commotion sévère, cette évolution naturelle peut durer environ 3 semaines. Et comme nous le rappelle pour conclure le Dr Chermann, c’est « globalement le temps consacré au traitement d’une entorse de cheville ». Au ratio bénéfice/risque, c’est finalement donc assez peu pour garder un cerveau en bon état pour les 40 années à venir et pour certains…de réussir leur reconversion sportive !
 
[1] D. Mascret. Les risques méconnus de la commotion cérébrale. Le Figaro.fr Santé. Février 2012
 
[2] J.F. Chermann. KO, le dossier qui dérange. Ed Stock, 2010.
 
[3] S. Cypel. Lésions fatales. Cahiers du “Monde” n°21163, p4-5, Février 2013.
 
[4] D. Pontal. Hypophyse en danger. Sport et Vie HS n°36 p28-31.
 




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