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Comparaison des forces plantaire lors de la course entre des chaussures minimaliste et maximaliste



Introduction
Au cours des dernières décennies, le développement des chaussures spécialisées dans la course à pied n’a cessé de croitre afin de répondre aux demandes spécifiques et aux objectifs des pratiquants. Récemment, un changement de perspective a favorisé une méthode de course conçu pour amortir la force de réaction au sol, augmenter la fréquence des foulées, diminuer les risques de blessures et accroitre l’économie à la course et par conséquent la performance du coureur. 
Ces chaussures, dites minimalistes, sont conçues pour promouvoir une course similaire aux pieds nus pour permettre les mouvements naturels du pied. Cependant, bien que plusieurs études publiées aient évalué les réponses biomécaniques du corps aux chaussures minimalistes (MIN), peu de choses ont été rapportées sur les chaussures maximalistes (MAX). Le but de cette étude est de comparer les paramètres de charge plantaire (forces et pressions) dans la chaussure entre les chaussures de course MIN et MAX. Il a été émis l'hypothèse que la réduction des pressions et des forces plantaires seraient visibles avec les chaussures maximalistes. En effet elles sont conçues pour augmenter l’absorption des chocs lors de l’impact au sol, et ce, jusqu’à 80% par rapport à des chaussures normales ou minimaliste.

Méthode
Les chercheurs ont recruté 15 coureurs amateurs, sans antécédents traumatiques et médicaux, qui portaient des chaussures minimalistes (New Balance Minimus Hi-Rez) et maximalistes (Hoka One). Les données ont été collectées via les semelles PEDAR®. C’est un système de mesure, fiable, valide, reproductible qui se compose de 99 capteurs de pression sur toute la surface plantaire. Le test a été conduit en comparant les variables de charge plantaire de la phase d’appui en course: 
-    Temps de contact (CT)
-    Pression moyenne maximale (MMP)
-    Pic de pression (PP)
-    Intégralité de temps de pression (PTI)
-    Intégralité de temps de force (FTI)
-    Force maximale (MF)
Les auteurs ont évalué le pied total, mais aussi plus spécifiquement l'avant-pied, le médio-pied et l'arrière-pied. Après échauffement, les sujets ont couru sur tapis roulant pendant 1 minute, temps suffisant pour la mesure de 20 données par les semelles PEDAR®, et ce, dans chaque type de chaussure. Les données des foulées Droite/Gauche ont été combinées avant l'analyse globale. La mesure des cinq variables Force/ Pression ont été analysées séparément du temps de contact au sol. Pour l’interprétation des résultats, les auteurs ont fixé une valeur de différence significative à 0,05.

Résultats
En moyenne, des diminutions de pression et de forces ont été observées sur l’ensemble du pied dans la chaussure MAX par rapport à la chaussure MIN. Des différences plus importantes ont été observées à l'avant-pied et moins à l'arrière-pied.
Toutes les mesures de la MPP et du PP étaient moins élevées chez les chaussures MAX dans l’ensemble des trois zones du pied testées. Chez le PTI, FTI et la MF, nous retrouvons à l’inverse une différence entre l’avant et l’arrière pied. Le plus grand écart de mesure entre les 2 chaussures testées, se situe sur les pics de pression (PP) où l’on atteint les 30,6% de différence sur l’ensemble du pied avec des pressions bien plus importantes lors du port des chaussures MIN. Quant au temps de contact au sol, celui-ci a augmenté de 3.9Ms avec les chaussures MAX.

Comparaison des forces plantaire lors de la course entre des chaussures minimaliste et maximaliste
Figure 1 : Exemple tridimensionnelle entre la MMP minimaliste et maximaliste d'un seul sujet.

Discussion
Le but de cette étude était de comparer les pressions et les forces plantaires chez les coureurs lors du port de chaussures de course MAX et MIN. Les auteurs ont donc mis en évidence une diminution des pressions et des forces s’exerçant sur l’ensemble du pied et plus spécifiquement sur l’avant pied lors du port de chaussures MAX. D’autres études, utilisant le système PEDAR® viennent appuyer cette conclusion en démontrant un meilleur amorti par augmentation du temps de contact au sol lors de la phase propulsive avec les chaussures MAX. Cependant, des études récentes sur la charge d’impact au sol et sur la cinématique du pied lors de la course, n’ont pas démontré de différence significative entre des chaussures MAX et traditionnelles. Des auteurs ont même montré une augmentation du taux de charge vertical, une pression accrue sur l’avant-pied et une modification de l’attaque du pied lors de la phase d’appui avec des chaussures MIN comparé aux semelles plus épaisses. Ces facteurs peuvent expliquer en partie l’augmentation des fractures de stress sur l’extrémité distal du segment jambier chez des coureurs MIN. 

Cette étude porte néanmoins sur l'étude d'un faible échantillon, mais, une revue systématique a évalué 26 études comparant des tests pieds nus et avec chaussures. Il est rapporté qu'il existe une force d'atténuation avec les chaussures, mais que les deux conditions ont des effets bénéfiques et indésirables qui dépendent de la variable à l'étude. Malgré des études d’observation récentes, les auteurs ne peuvent pas affirmer que les chaussures sont prédictives de blessures, quelque soit leur amorti. Il est rappelé néanmoins que les coureurs se convertissant, sans transition progressive, aux chaussures MIN, sont plus affectés par les blessures. De plus, l’économie à la course, vanté par les pro minimalistes, tant sur le plan de la consommation en oxygène que sur la cinématique de course n’a pas été démontré significativement par les chercheurs. 

Implication pratique
La finalité de cette étude démontre que les forces et pressions plantaires sont significativement diminuées dans la chaussure de course MAX par rapport aux chaussures MIN. Les résultats suggèrent que les chaussures à coussins maximalistes diminuent la charge plantaire sous le pied total et l’avant-pied pendant la course. Cependant, il y a une augmentation du FTI et du PTI dans l’arrière-pied avec les MAX, qui peut être due à des variations dans la cinématique de course utilisée. Ces résultats peuvent fournir des informations utiles pour le spécialiste en réadaptation lorsque l’objectif de son patient est de réduire les forces et les pressions sous le pied pendant la course.
 À l'heure actuelle, la littérature disponible en ce qui concerne les propriétés cinématiques des chaussures MAX est clairsemée et il semble qu'aucune conclusion définitive ne peut être tirée sur les risques et bénéfices de courir en chaussures MIN ou MAX.
D’autres recherches sont nécessaires pour déterminer la future quantité d’amorti adéquate pour optimiser l’économie de course et réduire le risque de blessures. L’amorti optimal ne peut reposer exclusivement sur un effet de mode mais doit être basé sur les caractéristiques de la personne, sur le confort perçu et nécessite une évaluation complète du patient. Le choix des chaussures de course doit avant tout dépendre de facteurs comme les objectifs, le style de course, la morphologie, la distance, l'âge, l’expérience et les antécédents de blessures du coureur, plutôt que de se calquer sur un courant de pensées.

Référence
Jena Kay Ogston (2019) : Comparison of in-shoe plantar loading forces between minimalist and     maximalist cushion running shoes, Footwear Science, Vol. 0, No. 0, 1-7. Doi :10.1080/19424280.2018.1561760



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