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Doit-on encore évaluer la dyskinésie scapulaire dans les douleurs d’épaule chez le sportif aujourd’hui ?

Florian Patalagoity pose la question et vous livre sa réflexion.



Le rôle de la scapula parait essentiel dans la gestuelle sportive « overhead » (sport d’armer-lancer). En tant que vecteur de transmission de forces (on évalue à plus de 50% la puissance venant des membres inférieurs via le dos). Cependant la perturbation du rythme scapulaire (ou dyskinésie) est fréquente dans l’épaule sportive douloureuse comme asymptomatique. 
 
 
Les limites de l’évaluation de la dyskinésie : 

 
  • De nombreuses manières d’évaluer les dyskinésies ont été décrites. 
  • La plupart se font visuellement : évaluations morpho-statiques et morpho-dynamiques qui sont très pauvres en termes d’application clinique.
  • Difficulté d’établir un lien de causalité avec les symptômes de notre patient (évaluation visuelle de la dyskinésie).
 
En effet des études montrent que la prévalence de dyskinésie est comparable dans les épaules douloureuses et asymptomatiques.
Elles sont également influencées dans leur détection par le fait de savoir quelle épaule est douloureuse (1). 
Même les kinés avec une expertise dans le membre supérieur, dits experts ne peuvent pas deviner l’épaule douloureuse en observant les rythmes scapulaires d’un patient. 
 
 
 
Fin de l’histoire ?
On ne devrait plus investiguer la scapula dans une douleur d’épaule chez un sportif ? 

 
Les rééducations basées sur la réappropriation scapulaire donnent de bons résultats chez les sportifs overhead sur la diminution des douleurs et l’amélioration de la fonction. (2)
 
Le problème réside donc essentiellement dans l’évaluation de la dyskinésie qui est par ailleurs plus fréquente chez les sportifs overhead. (3)
 
S’il est admis aujourd’hui qu’il n’est pas pertinent de l’évaluer de manière visuelle et globale, alors la question est : 


Comment savoir si le rythme scapulaire peut être source de symptôme ?
 
De notre point de vue, la scapula doit plutôt s’évaluer selon son degré de modification de symptômes :
 
  1. En fonctionnel 
 
Devant une douleur d’épaule il est commun aujourd’hui d’apprécier le retentissement fonctionnel du mouvement scapulaire sur le geste douloureux par l’application d’une force externe manuelle et d’évaluer la modification des symptômes du sportif sur son geste douloureux. Y est-elle pour beaucoup dans la douleur du patient ?
Les deux tests les plus communément utilisés sont les : Scapula Assistance Rest (SAT)  et le scapula retraction test (SRT). (4)
De plus il existe une corrélation positive entre ces tests positifs et les résultats favorables d’une rééducation.
 
Une rééducation basée sur l’analyse des facteurs récurrents 
 
  1. Analyse biomécanique 
 
La dyskinésie scapulaire est une altération de la position ou du mouvement physiologique de la scapula lors d’un mouvement couplé des articulations scapulo-humérale et scapulo- thoracique. Elle résulte de l’inhibition ou de la désorganisation motrice des muscles fixateurs de la scapula. 
Sur cette base nous allons pouvoir développer des axes de rééducation basés sur certains paramètres modifiables d’ordre anatomopathologique. Des recherches ont été faites par EMG ou par mesure des raideurs des fixateurs scapulaires.

Il a été démontré un pattern commun fréquent chez les sportifs overhead et les patients atteints de syndrome douloureux sous acromiaux : diminution de sonnette externe et de bascule postérieure scapulaire.  (5)
Ces facteurs sont communément associés à l’EMG à une diminution de l’activité musculaire du Dentelé antérieur et du Trapèze inferieur (qui réalisent la sonnette externe) et une augmentation de celle du Trapèze supérieur ainsi qu’à un Petit Pectoral court (6)(7) et un déficit de rotation interne gléno-humérale (8) (limitants la bascule postérieure). 
La rééducation scapulaire (9) va découler de ces bases, orientant notre travail d’assouplissement et de renforcement personnalisé et adapté. 

  Doit-on encore évaluer la dyskinésie scapulaire dans les douleurs d’épaule chez le sportif aujourd’hui ?

Conclusion
 
L’articulation scapulo-serrato-thoracique peut être appréciée de façon simple et reproductible, à la condition d’un examen systématique et rigoureux. 
Le traitement d’une dyskinésie ou plutôt de rétablissement du contrôle scapulaire repose sur un protocole de rééducation bien conduit et progressif. 
Ce dernier est composé d’exercices d’étirements musculaires et capsulo-ligamentaires ciblés sur les structures courtes, ainsi que de renforcement musculaire destinés à améliorer la stabilité dynamique de la scapula au cours de l’activité.
 
Il convient donc en traitement face à une douleur d’épaule chez le sportif:
  • Évaluer le retentissement fonctionnel sur le geste douloureux du rythme scapulaire par modification de symptômes.
  • Évaluer certains points clés récurrents et mettre en place un traitement analytique adapté d’assouplissement et de renforcement pour permettre une réappropriation du contrôle scapulaire. 

Bibliographie 
  1. Observational Scapular Dyskinesis: Known-Groups Validity in Patients With and Without Shoulder Pain Plummer 2017
  2. Bury J, West M, Chamorro-Moriana G, et al. Effectiveness of scapula-focused approaches in patients with rotator cuff related shoulder pain: a systematic review and meta-analysis. Man Ther 2016;25:35–42.
  3. Prevalence of Scapular Dyskinesis in Overhead and Nonoverhead Athletes: A Systematic Review Burn 2016
  4. Clinical Assessment of the Scapula: A Review of the Literature Struyf 2014
  5. Scapular Kinematics and Subacromial-Impingement Syndrome: A Meta-Analysis (Timmons 2012)
  6. Effects of Pectoralis Minor Length on Strength Improvement and Pain Reduction During Scapular Reposition Test Lee 2020
  7. Surgical Release of the Pectoralis Minor Tendon for Scapular Dyskinesia and Shoulder Pain Provencher 2017
  8. Effects of Glenohumeral Internal Rotation Deficit on Baseball Pitching Among Pitchers of Different Ages Chou 2018
  9. Reijneveld EA, Noten S, Michener LA, et al. Clinical outcomes of a scapular-focused treatment in patients with subacromial pain syndrome: a systematic review. Br J Sports Med 2017;51:436–41.




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