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Etirements intermittents versus continus et perte de force musculaire



Etirements intermittents versus continus et perte de force musculaire
Bien qu’avoir tapé sur les étirements passifs lors de l’échauffement à grand recours de publications scientifiques ces dix dernières années, force est de constater qu’ils sont bien loin d’être mort dans les stades de nos agglomérations. Ils font de la résistance, de la résistance passive. Le sportif récréatif ou amateur se sent bien après son « stretching » et pour lui, cela reste l’essentiel. Et je le comprends. S’il l’a toujours fait, comment peut-il savoir que sa force musculaire a nettement diminué, que la température de son muscle redescend (Alter, Pearce) et qu’au lieu de réduire le risque de blessure comme il le pensait sûrement, il l’augmente fortement en mettant en danger son muscle par des micro-lésions tissulaires (Herbert et Gabriel) ? Il ne le peut pas. Car notre sportif ne lie pas les revues de kinésithérapie spécialisées et que la douce sensation qui enveloppe ses muscles lors de ses étirements passifs n’est pas pour lui signe d’« endormissement » de ses fuseaux neuro-musculaires et de ses nocicepteurs mais l’agréable ressenti de « dérouiller » ses muscles après une dure journée de travail. Le sportif amateur ou « non éclairé » n’est pourtant pas stupide, loin de là. Il écoute son corps, le ressent, mais se trompe juste dans l’interprétation. 
 
Et ce n’est, malheureusement pour lui et heureusement pour nous, pas l’étude présentée dernièrement dans le journal américain « Medecine and science in sports and exercice » du 10 octobre dernier qui ira à l’encontre de nos conclusions scientifiques. 
 
Un panel randomisé de 18 sujets (hommes) a dû effectuer au cours de trois reprises (jours distincts) soit un étirement continu de 5 min (EC : posture), soit une succession de cinq étirements intermittents (EI) de 1 min. Un groupe contrôle a été également mis en place. L’étirement était réalisé sur le triceps sural par un dynamomètre isocinétique et des mesures expérimentales étaient prises, pour chaque situation, avant, juste immédiatement après et au bout 15 puis 30 min de repos faisant suite aux étirements réalisés (soit continu, soit intermittents). Différents procédés scientifiques (spectroscopie infra-rouge, EMG, dynamomètre…) récoltaient ces données comme respectivement l’oxygénation du tissu musculaire, le contrôle moteur volontaire et la force maximale entre autres… Car ce qui nous intéresse ici, c’est que les résultats mettent en avant deux constats sans appel : le premier montre que l’oxygénation du tissu musculaire est fortement perturbée par les étirements intermittents et encore plus majorée par l’étirement continu. A cela, rien de nouveau en effet. Mais le deuxième constat, quoique non révolutionnaire, est quand même plus intéressant. Il montre, lors d’étirements intermittents, une altération conséquente du contrôle moteur volontaire et de la force maximale (variation de -23% pour les EI et -15.9 pour les EC). Et le plus surprenant, c’est que cette altération est encore présente après un délai de 30 min de repos post-étirement mais seulement dans le mode intermittent. Ainsi, 5 minutes d’étirement en mode continu ou intermittent n’aura pas le même effet délétère sur la force maximale après un délai de 30 min. 
 
Ces conclusions renforcent donc encore une fois l’idée de proscrire les étirements passifs intermittents avant une activité à forte composante pliométrique et donnent indirectement un écho aux travaux de Guissard et Duchateau qui avaient montré que 5 séances d’étirements par semaine pendant 6 semaines diminuaient différents réflexes (retrouvées en un mois). Même si beaucoup de recherches restent à faire, le rôle néfaste des étirements passifs dans la performance neuro-musculaire ne semble plus à démontrer. 
 
Pour finir et rester dans le ton, voici un petit tacle bienveillant du site de la célèbre Mayo Clinic qui a donné son nom à la contention d’épaule en Jersey tubulaire que l’on connait tous. Je vous laisse le plaisir de la version originale. Au moins, pour les plus réticents à la langue de Shakespeare, voilà enfin une occasion justifiée de ne rien comprendre !
 
“Stretching also increases blood flow to the muscle. And you may come to enjoy the ritual of stretching before — or better yet, after — hitting the trail, ballet floor or soccer field.”
 
No comment...
 
Texte écrit par A. Douville de franssu
 
[1] Trajano, Gabriel S.; Nosaka, et al. Intermittent Stretch Reduces Force and Central Drive more than Continuous Stretch. Medicine & Science in Sports & Exercise: October, 10, 2013, doi: 10.1249/MSS.0000000000000185
 




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