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IMAGERIE MOTRICE ET COIFFE DES ROTATEURS

Par Erwan Le Corre.
Merci au Dr. Aymeric Guillot (Université Lyon 1) pour le partage, en avant première, des résultats de sa recherche.



L’imagerie motrice (IM), est le la représentation mentale d’une séquence motrice sans production concomitante de mouvement.

L’IM active les mêmes réseaux neuronaux que ceux qui sont impliqués dans la préparation, l’exécution et le contrôle des mouvements réels [1], contribuant ainsi à l’amélioration de la performance motrice et l’apprentissage de nouvelles habiletés motrices [2].

Sur la base de ces éléments de preuves, plusieurs études ont exploré les possibles effets thérapeutiques  de l’IM dans le but de favoriser la rééducation fonctionnelle et le recouvrement des fonctions motrices ainsi que la plasticité cérébrale induite par le travail mental chez des populations victimes d’atteintes neurologiques
L’IM est un outil intéressant qui pourrait facilement être associé à une rééducation motrice dans la mesure où elle présente un bon rapport « coût-efficacité » : Ne produisant pas de mouvement, l’imagerie ne provoque pas de douleurs (elle favoriserait même la diminution de la douleur perçue) et peut être pratiquée en toute sécurité de façon autonome sans physiothérapie complémentaire.

Alors que de nombreuses études ont porté sur les lésions ou pathologies du système nerveux central avec des résultats en faveur de l’intégration de l’IM dans les programmes de rééducation [3], peu de travaux se sont intéressés aux effets de l’IM sur la déficience motrice après des atteintes périphériques. Au niveau du membre supérieur, Guillot et al., en 2009 [4], ont pourtant trouvé une amélioration de la vitesse de récupération des amplitudes articulaires des mouvements du poignet chez des patients victimes de graves brûlures.



Concernant les atteintes du membre inférieur nous pouvons citer l’article de Lebon et al., en 2011 [5], qui démontre l’efficacité de l’IM sur la limitation de la perte de force lors d’une immobilisation après rupture du LCA. L’étude présentée aujourd’hui, acceptée en août 2013 dans le journal Disability and Rehabilitation [6], s’intéresse aux effets de l’IM comme outil de prévention chez des patients souffrant d’une atteinte de stade II de la coiffe des rotateurs (sans rupture).

Quels Objectifs ? 
L’objectif  de l’étude est dévaluer l’efficacité thérapeutique de l’IM sur la mobilité articulaire et la douleur dans le but de prévenir d’une aggravation de la blessure du stade II vers le stade III, souvent synonyme de chirurgie réparatrice.  

Quelle Méthode utilisée ?
8 femmes et 8 hommes, pris en charge par un chirurgien ne connaissant pas l’objectif de l’étude,  ont constitué la population étudiée. Le questionnaire d’imagerie MIQ-R a été effectué pour évaluer les capacités individuelles  à former des images mentales (auto-évaluation). Les participants ont subi le même traitement médicamenteux, suivi le même programme de kinésithérapie (avec le même thérapeute)  composé de 10 séances d’une heure, 3 fois par semaine. Le groupe imagerie a effectué un travail mental pendant les temps de repos de la séance de kinésithérapie, entre deux séries d’exercices réels. Le groupe contrôle a effectué un travail neutre de durée équivalente en présence du médecin.

-       Bilan : L’étude se base sur le score de Constant, les mesures goniométriques de l’épaule ainsi que l’EVA afin d’évaluer les différences entre pré-test et post-test.
-       Séance de kinésithérapie : Les séances proposées étaient constituées de 5 minutes d’ultra-sons, d’exercices pendulaires, de renforcement actif de l’épaule avec augmentation progressive de la résistance, de mobilisations passives pour terminer par 5 minutes de cryothérapie.
-       Séance d’imagerie : 4 mouvements ont été répétés mentalement lors de chaque session par imagerie visuelle interne (imagerie à la 1ère personne) et par imagerie kinesthésique : rotation médiale (passage de l’avant bras dans le dos), abduction (90°), flexion (90°) et mouvement de lancer à bras cassé (extension du bras + rotation médiale). Chaque mouvement a été imaginé 10 fois (5 séries de 2 répétitions séparées par 30secondes de repos).

Pour quels résultats ?

     

Fonctionnel : Le score de Constant a significativement évolué lors du post-test pour les deux groupes mais était significativement supérieur pour le groupe imagerie par rapport au groupe contrôle.

Douleurs : Diminution significative de la douleur en post-test pour les deux groupes avec une diminution plus importante pour le groupe imagerie par rapport au groupe contrôle.
 
Amplitudes : Le groupe imagerie présente une amélioration significative des amplitudes articulaires de l’épaule pour les mouvements d’extension, de flexion et de rotation latérale.

 
Conclusions :
Les deux groupes ont progressé sur les paramètres testés Néanmoins il est important de mettre en avant les bénéfices supplémentaires induits par l’intégration de l’IM dans les séances de kinésithérapie classique : moindre perception de la douleur, amélioration des amplitudes de mouvement. Prises dans leur ensemble, ces données valident d’une meilleure récupération fonctionnelle et préviennent d’une aggravation de la blessure (prévention secondaire).

Ces données confirment donc les conclusions antérieures démontrant l’efficacité de l’IM sur la récupération motrice après atteinte périphérique et apportent de nouveaux éléments, en particulier que l’IM pourrait ralentir la détérioration du syndrome de la coiffe des rotateurs du stade II au III.
Bien que présentant des limites, ces données sont en faveur de l’intégration de l’imagerie motrice dans nos programmes de rééducation. Les auteurs considèrent que cette étude est la première étape et que des travaux avec un suivi longitudinal permettant une évaluation à plus long terme et avec une population plus importante, devraient être prévus afin de confirmer ces premiers effets.



Bibliographie
 [1] Miller KJ, Schalk G, Fetz EE, et al. Cortical activity during motor execution, motor imagery, and imagery-based online feedback. Proc Natl Acad Sci USA 2010; 107:4430–5.
[2] Guillot A, Collet C. Construction of the motor imagery integrative model in sport: a review and theoretical investigation of motor imagery use. Int Rev Sport Exerc Psychol 2008; 1:31–44.
[3] Jackson PL, Lafleur MF, Malouin F, et al. Potential role of mental practice using motor imagery in neurologic rehabilitation. Arch Phys Med Rehabil 2001;82:1133–41.
[4] Guillot A, Lebon F, Vernay M, et al. Effect of motor imagery in the rehabilitation of burn  patients. J Burn Care Res 2009; 30: 686–93.
[5] Lebon F, Guillot A, Collet C. Increased muscle activation following motor imagery during the rehabilitation of the anterior cruciate ligament. Appl Psychophysiol Biofeedback 2011;37:45–51.
[6] Nady Hoyek, Franck Di Rienzo, Christian Collet, Fadi Hoyek, and Aymeric Guillot.  The therapeutic role of motor imagery on the functional rehabilittion of a stage II shoulder impingement. Disabil Rehabil, Early Online: 1–7. 2013.



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