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L'épaule du lanceur : une étude



Wilk K, Hooks T, Macrina L. The modified sleeper stretch and modified cross-body stretch to increase shoulder internal rotation range of motion in the overhead athlete. J Orthop Sport Phys Ther 2013;43(12):891-894.
 
INTRODUCTION
 
Les athlètes de lancer ont des amplitudes d’épaule caractéristiques et bien documentées dans la littérature. L’épaule du lanceur présente une rotation externe majorée et une rotation interne minorée, en comparaison avec l’épaule controlatérale. En revanche, l’amplitude totale (RE+RI) à 90° d’abduction (Total Range of Motion : TROM, Wilk et al, 2002) n’est pas modifiée.
 
Les étiologies possibles sont nombreuses : 
- adaptation osseuses
- raideur de la capsule postérieur de la gléno-humérale
- raideur musculo-tendineuse de la portion postérieur de la coiffe des rotateurs et du deltoïde
- modifications posturales.
 
Une perte de rotation interne de l’épaule de 18° ou plus, en comparaison avec l’épaule controlatérale, est appelée GIRD (Gléno-humérale Internal Rotation Deficit) et pourrait être la cause primaire de douleurs et incapacités chez le lanceur (Burkhart et al, 2003). Par ailleurs, le risque de blessure est augmenté en cas d’asymétrie de plus de 5° du TROM ou de perte d’amplitude de l’adduction horizontale.
 
TECHNIQUES D’ETIREMENT CLASSIQUES
 
Sleeper stretch
Patient allongé sur l’épaule qui lance (pour stabiliser la scapula contre la table). L’épaule et le coude sont fléchis à 90°. Dans cette position, une rotation interne passive est appliquée à l’aide de la main opposée.
 
Adduction horizontale de l’épaule (cross body stretch)
Fréquemment utilisée pour améliorer la souplesse la région postérieure de l’épaule. L’adduction horizontale permet d’améliorer la rotation interne de l’épaule (Tyler et al, 2010).
 
 

REVUE DE LITTERATURE
 
Des études cadavérique (Borstad et al, 2011 ; Izumi et al, 2002 ; Murali et al, 2010 ; Terry et al, 1991) ont permis de déterminer les positions pour lesquelles la traction sur la partie postérieure de la coiffe et de la capsule est maximale. Pour la capsule postérieure, la traction est maximale lorsqu’on combine une élévation de 60 à 90° à une rotation interne, les fibres inférieures de l’infra épineux étant en tension maximale lorsqu’on combine l’élévation à 90° et la rotation interne.
 
Etudes comparatives
Amélioration significativement supérieure de la RI en utilisant le cross-body stretch, en comparaison avec le sleeper stretch (Mc CLure et al, 2007).
 
Mobilisation postérieure de la gléno-humérale + cross body stretch VS cross body stretch : gain en rotation interne supérieur avec l’association mobilisation et étirement. Maintien des gains au-delà de 4 semaines après l’intervention (Manske et al, 2010)
 
Effet immédiat du sleeper stretch (3 fois 30 secondes) : ↑ adduction horizontale et RI (Laudner et al, 2008)
 
 

PROPOSITIONS DE MODIFICATIONS DES ETIREMENTS
 
Sleeper stretch modifié :
allongé sur le côté, basculer le tronc en arrière de 20 à 30°, placer l’épaule à 90° d’élévation (plan scapula) et associer une rotation interne.
La bascule en arrière du tronc va permettre : 
- de placer l’humérus dans le plan de la scapula, ce qui permet d’augmenter la traction sur la portion postérieure de l’épaule,
- de diminuer les symptômes douloureux qui peuvent survenir lorsque l’épaule est à 90° de flexion (plan anatomique),
- de minimiser l’appui direct sur l’épaule et la douleur qui peut en résulter.
 
 

Cross-body stretch modifié
Habituellement réalisé debout, la main opposée réalisant l’adduction horizontale. 
Inconvénient : pas de stabilisation de la scapula qui part en abduction ; n’empêche pas la rotation externe de la gléno-humérale
Proposition : allonger le patient sur le côté pour limiter l’abduction de la scapula ; aligner les avant-bras (avant-bras controlatéral au-dessus).
 
 

SUGGESTIONS PRATIQUES
 
Chez les athlètes sans symptômes : 4 répétitions de 30 secondes au moins pour chaque mouvement, avant et après les exercices de gain d’amplitude.
En cas de symptômes douloureux : 8 à 10 répétitions de 30 secondes pour chaque mouvement.
 
CONCLUSION
 
Le maintien de la souplesse des tissus mous de la région postérieure de l’épaule est un élément capital de la prévention des lésions de l’épaule chez les athlètes de lancer. La perte de de mobilité de l’épaule peut néanmoins avoir des étiologies variées (adaptations osseuses, raideur capsulaire postérieure, raideur musculo-tendineuse, adaptations posturales –scapula), et le thérapeute doit évaluer puis ajuster le traitement de manière appropriée.


texte et traduction réalisée par Pierre Moitry.
 




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