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L'influence de la course à pied prolongée et des chaussures sur la rigidité articulaire des membres inférieurs



Dans la dernière News-letter d'Andy Franklin-Miller , il nous résume articles récents différents dont un article de Weir et al de 2020, qu'Andy vous propose de parcourir sur le dossier Dropbox qu'il a créé ICI. Avec son accord nous vous traduisons la synthèse qu'il a proposé. 

"Bien que la course à pied présente de nombreux avantages pour la santé, malheureusement, jusqu'à 65 % des coureurs subissent chaque année une blessure liée à la course. Plus de 40 % de ces blessures concernent l'articulation du genou. Les marques de chaussures ont consacré des recherches et des développements aux éléments d'amortissement et de stabilité de la conception des chaussures de course. Ces caractéristiques de conception de semelles sont censées modifier l'interface pied-sol en atténuant la charge d'impact et/ou en limitant les excursions de l'articulation de la cheville ou du genou, mais il n'a pas été démontré de manière concluante que ces conceptions ont un effet sur le taux de blessures chez les coureurs. Plus précisément, les recherches attribuant les chaussures au type de pied, aux semelles absorbant les chocs, à l'utilisation de semelles souples par rapport aux semelles dures et aux chaussures à" contrôle de mouvement" n'ont pas permis de constater une influence sur l'incidence des blessures liées à la course.
 
La raideur (stiffness) du genou a fait l'objet de preuves contradictoires. Une étude prospective récente a montré que l'augmentation de la raideur de l'articulation du genou est le seul prédicteur de blessure liée à la course. Au contraire, l'augmentation de la raideur de l'articulation du genou a également été associée à une réduction du coût de l'énergie métabolique, ce qui suggère qu'il pourrait y avoir un compromis entre la prévention des blessures et la performance.
 
La réelle rigidité du corps humain est la combinaison de toutes les valeurs de rigidité individuelle de chacun des tissus du corps (c'est-à-dire les muscles, les tendons, les os, le cartilage et les ligaments) ; plutôt que de décrire des modèles de masse-ressort (Spring-mass) plus simples qui sont des représentations de la rigidité en torsion,  appelés "quasi rigidité". Bien qu'un certain niveau de rigidité des jambes soit nécessaire pour la performance (c'est-à-dire pour une utilisation optimale du cycle de raccourcissement -étirements-  stretch shortening cycle), une rigidité trop importante ou trop faible peut entraîner des blessures. Par exemple, un ressort plus rigide transférera une charge plus importante qu'un ressort plus souple et peut provoquer des blessures de type osseux, tandis qu'un ressort très souple peut entraîner davantage de blessures de type tissulaire.
 
L'objectif de cette étude était de déterminer les changements dans la raideur (stiffness) de la jambe,  du genou et de l'articulation de la cheville, dans des plans sagittal et frontal au cours d'une course prolongée sur tapis roulant (PTR). Les auteurs ont émis l'hypothèse que des différences de raideur existeraient entre les sessions au cours des deuxièmes 21 minutes (course d'intervention- intervention run) lorsque les coureurs portent des chaussures de sport neutres ou dites de stabilité, mais pas au cours des premières 21 minutes (course de base-baseline run ) lorsque les coureurs portent des chaussures neutres au cours des deux sessions de test.

Treize coureurs récréatifs habituels, de sexe masculin, ont participé à cette étude où les participants ont effectué deux séances de course prolongées de 44 minutes à leur vitesse préférée, 3.3 ± 0.4 m.s-1. Au cours de chaque séance de test, les participants ont effectué deux séances de course consécutives de 21 minutes, entrecoupées d'une période de deux minutes pour changer la deuxième paire de chaussure. Des marqueurs  ont été apposés sur le bassin et la cuisse droite, la jambe et le pied. Des données cinématiques tridimensionnelles (3D) et des données sur la force de réaction du sol (GRF) ont été enregistrées avec un système de capture de mouvement à 8 caméras et un échantillonnage sur tapis roulant à instrument de force à 200 Hz et 2000 Hz respectivement.
 
Pendant les 21 premières minutes (vaseline run) des deux séances, les coureurs portaient une chaussure neutre. Par la suite, les coureurs ont soit changé pour une autre chaussure neutre exactement du même type mais d'une autre couleur (Session A), soit pour une chaussure dite de  stabilité exactement du même type mais avec un composant médian supplémentaire fait d'un composé plus dur que le reste de la semelle intermédiaire
 
Il n'y a pas eu d'effets principaux concernant les chaussures ni d'effets principaux dans le temps sur le stiffness des jambes pendant les phases de baseline ou d'intervention du PTR (p > 0,05).  Il y a eu un effet significatif d'interaction chaussure x temps pour la raideur de l'articulation du genou pendant la phase baseline (p = 0,009, η2 = 0,447) mais pas pendant la phase d'intervention (p = 0,704, η2 = 0,012) du PTR où la raideur du genou a augmenté pendant les deux sessions mais a augmenté davantage pendant la session B.

Aucune différence n'a été observée entre les conditions de chaussages sur la raideur de l'articulation du genou (p > 0,05). Un effet principal significatif dans le temps a été observé pour une augmentation de la raideur stiffness articulaire du genou pendant la phase baseline (p = 0,016, η2 = 0,398), qui s'est maintenue pendant la phase d'intervention du PTR (p = 0,223, η2 = 0,121).
 
Contrairement à des recherches précédentes portant sur la raideur des jambes pendant la course à pied à RPEs > 18, les auteurs n'ont observé aucun changement dans la raideur globale des jambes dans leur étude, où l'intensité de course était à  RPEs de 12 ou "modérément dur". Ils n'ont observé aucun changement dans les caractéristiques spatiotemporelles de la course à pied dans cette étude
 
Au cours d'une course prolongée sur tapis roulant, la raideur des jambes est maintenue tandis que la raideur des genoux augmente et celle des chevilles diminue. Ces changements sont modulés par une augmentation de la compliance de l'articulation de la cheville et des moments de l'articulation du genou, et peuvent avoir des implications sur la forte incidence des blessures au genou observées chez les coureurs."







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