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LES LÉSIONS MUSCULAIRES SONT ELLES MYO-APONÉVROTIQUES ?

Par Arnaud Bruchard.



Depuis les années 2000, je travaille sur les lésions musculaires, leur identification, leur connaissance et les moyens à l’aide de preuves factuelles et des expériences partagées avec mes collaborateurs, afin d’appliquer des guidelines efficaces en rééducation.  Grâce aux professionnels avec lesquels j’ai échangé, travaillé, discuté… nous expliquons depuis plus de 15 ans les lésions myo-aponévrotiques et leur spécificité.  Dans ce raisonnement, nous avons été les premiers à proposer en justifiant, des protocoles basés sur la réparation myo-collagénique et les protocoles excentriques précoces et cela dès les années 2000. Aujourd’hui chacun de nos travaux et concepts sont renforcés par des niveaux de preuves de plus en plus forts. La rigueur de notre démarche scientifique et les niveaux de contrôles que l’on s’impose nous ont permis et nous permettront encore de pouvoir vous proposer un enseignement le plus pointu et organisé possible.  Dans cet esprit, je vous propose aujourd’hui la synthèse d’une publication récente dans The Orthopaedic Journal of Sports Medicine,
 
Le 14 décembre 2019, Wilke, Hespanhol et Behrens ont publié une systematic review et méta-analyse, mettant enfin en évidence ces lésions myo-collagéniques.  Les auteurs ont émis l’hypothèse que les muscles squelettiques et leurs tendons ne sont pas les seules structures à transmettre et à supporter des charges de traction et que l'architecture suggère fortement un rôle de transmission ou d'absorption des forces par le tissu conjonctif intramusculaire. Dans ce contexte, les dommages structurels survenant dans les lésions musculaires diagnostiquées cliniquement peuvent ne pas être limités au muscle uniquement. L'extension tissulaire affectera également le fascia, conduisant potentiellement à des ruptures dans le tissu conjonctif. Cependant, à ce jour, la question de savoir si les lésions musculaires sont associées à des lésions du fascia n'a pas été étudiée dans une revue systématique. Par conséquent, l'objectif de leur étude était de résumer la littérature scientifique sur la prévalence des lésions fasciales dans les lésions musculaires et leur association possible avec la durée du retour au jeu (RTP).

MÉTHODES
  • Revue systématique avec méta-analyse entre avril et juin 2018. 
  • Les critères d'inclusion dans l'étude étaient (1) une étude d'imagerie transversale (imagerie par résonance magnétique [IRM] ou échographie [US] avec ou sans période d'observation ultérieure au cours du processus RTP, (2) recrutement d'adultes (18 ans et +) engagés dans une activité sportive régulière avec performance, (3) patients diagnostiqués avec une lésion musculaire des membres inférieurs avec une lésion structurale des tissus, (4) rapport de l'emplacement spécifique de la blessure (fascia / jonction myofasciale, jonction myotendineuse, muscle uniquement et (5) une publication révisée par les pairs en langue anglaise.
  • Analyse des données: Pour toutes les études incluses, la prévalence de lésions dans les 3 sites a été extraite. Les lésions myofasciales comprenaient des dommages structuraux aux tissus mous entourant le muscle (fascia profond et épimysium) ainsi qu'à sa jonction avec le muscle. Cela pourrait également inclure des fibres musculaires s'insérant directement dans le fascia. Les lésions myo-tendineuses comprenaient le groupe de lésions tissulaires trouvées proches du tendon proximal ou distal du muscle, le paraténon ou les fibres musculaires s'insérant dans ou près d'un tendon. Enfin le troisième groupe, celui des lésions musculaires qui ont été documentées si le site de la blessure était purement musculaire.

RÉSULTATS
  • 16 études évaluant collectivement un total de 1503 blessures musculaires.
  • La qualité des rapports et la validité étaient modérées à bonnes, et le risque de biais était modéré. 
 
Prévalence des blessures fasciales
  • La majorité des études rapportant la prévalence (14/15) ont collecté des données d'IRM, tandis qu'une étude a utilisé uniquement l'imagerie US et 2 études ont réalisé à la fois une IRM et un screening US. 
  • Les muscles les plus fréquemment examinés étaient les ischio-jambiers, suivis du soléaire. 
  • La méta-analyse a révélé une prévalence des lésions myofasciales de 32,1%, des lésions myo-tendineuses ou tendineuses de 68,4% et des lésions musculaires dans 12,7% des cas. 
  • En ce qui concerne le sous-groupe des lésions du tissu myofascial, la prévalence variait entre les différentes localisations : les lésions étaient diagnostiquées plus souvent dans le muscle soléaire (36,4%) par rapport aux ischio-jambiers (27,9%).
Lésion fasciale et RTP
  • Un total de 7 études ont été identifiées qui ont examiné la relation entre les lésions fasciales et les aspects de la RTP. Cependant, les procédures statistiques appliquées et les objectifs des analyses menées dans les études individuelles étaient trop différentes pour permettre une mise en commun méta-analytique des résultats.
  • Les auteurs ont trouvé 2 études qui portaient sur l'étendue de la lésion fasciale. Werner et al ont comparé la taille de la lésion chez les joueurs avec une durée de RTP courte (<2 semaines) et longue (> 2 semaines). En moyenne, les lésions étaient 3 fois plus importantes dans le deuxième sous-groupe, avec des temps d'arrêt prolongés liés aux blessures. 
  • Prakash et al ont fait des constatations similaires, signalant des durées de RTP plus longues chez les patients présentant des lésions fasciales plus importantes. Les blessures avec une lésion nette du tissu conjonctif (grade 3) avaient une durée moyenne de RTP de 48 jours, tandis que les athlètes avec des lésions plus petites (grade 2) n'avaient besoin que de 25 jours de temps d'arrêt des blessures.
  • L’étude de Jérôme Renoux et JL Brasseur de 2019 a comparé la durée du RTP lors des lésions musculaires et du tissu conjonctif général (fascia et tissu conjonctif intramusculaire, y compris les tendons). Selon les données rapportées, les temps d'arrêt des athlètes étaient significativement plus longs pour les lésions du tissu conjonctif (7,6 semaines) que pour les lésions musculaires uniquement (3,9 semaines).

DISCUSSION

La présente revue systématique est la première étude à résumer les preuves de la prévalence des lésions fasciales dans les traumatismes musculaires diagnostiqués cliniquement. Tant dans la pratique sportive que dans la recherche scientifique, il a été largement admis que les lésions musculaires affectent seulement le muscle squelettique. Les auteurs argumentent que leurs résultats contredisent cette hypothèse. Des lésions musculaires isolées n'ayant été identifiées que dans environ 1 cas sur 8, et en plus les atteintes étaient décrites fréquemment avec une localisation  au sein ou à la jonction du tissu conjonctif. Le terme «lésion musculaire», par conséquent, ne reflète pas adéquatement le substrat morphologique de l‘atteinte et pourrait être trompeur lors du diagnostic. Pour éviter cela, les auteurs  suggérent d'utiliser des termes plus généraux (par exemple, «lésion myocollagènique») qui peuvent indiquer plus clairement la variété des tissus potentiellement affectés.
 
La localisation avec la prévalence de l’atteinte la plus élevée était la jonction myotendineuse, ce qui est plausible compte tenu de sa fonction de transmission de force pendant la contraction musculaire. Cependant la méta-analyse a également démontré qu'une part substantielle des blessures (près d'un tiers) affectent l'épimysium ou le fascia et ses jonctions vers le muscle.
 

Pour remarque :
Sous contrôle échographique, différents chercheurs ont utilisé de petites aiguilles pour appliquer sélectivement des stimuli nocifs aux deux structures. Fait intéressant, la réponse à la douleur était significativement plus forte lorsque le fascia était irrité, que la stimulation soit électrique ou biochimique. 
Le potentiel algogénique de l'aponévrose est aujourd’hui étudié. Outre ses conséquences sensorielles (douleur affectant l'engagement dans l'activité), il semble plausible qu'une rétroaction afférente altérée de l'aponévrose (par exemple, à partir des terminaisons nerveuses libres et encapsulées) contribue à la réduction de la commande neuronale. Si des processus similaires (augmentation de l'apport nociceptif du tissu conjonctif) se produisent dans les lésions musculaires avec lésions fasciales, cela ouvrirait de nouvelles frontières pour les traitements thérapeutiques.

 

CONCLUSION
Les lésions du tissu conjonctif sont fréquentes lors des lésions musculaires diagnostiquées par l'utilisation de méthodes d'imagerie.  Il semblerait que le niveau d’atteinte conjonctif soit lié aux délais plus longs de reprise, cependant des recherches supplémentaires sont nécessaires  afin de (1) élucider de manière concluante le rôle des dommages fasciaux dans la réadaptation sportive  et (2) développer des approches de traitement spécifiques.
 

L’article :
Is It All About the Fascia?
A Systematic Review and Meta-analysis of the Prevalence of Extramuscular Connective Tissue Lesions in Muscle Strain Injury
Jan Wilke, Luiz Hespanhol, and Martin Behrens. 
The Orthopaedic Journal of Sports Medicine, 7(12), 2325967119888500 DOI: 10.1177/2325967119888500
@The Author(s) 2019




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