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La dyskinésie scapulaire augmente de 43% le risque de douleur à l'épaule chez les athlètes asymptomatiques : une revue systématique et une méta-analyse



La dyskinésie scapulaire augmente de 43% le risque de douleur à l'épaule chez les athlètes asymptomatiques : une revue systématique et une méta-analyse
Veronica Solvig et al.
 

Introduction


L'approche traditionnelle pour comprendre les mécanismes de la douleur de l'épaule a impliqué jusqu’à présent des diagnostics centrés sur des étiquettes anatomiques spécifiques. La validité de l'utilisation de diagnostics anatomiques spécifiques a été longuement remise en question, en particulier en ce qui concerne la douleur chronique de l'épaule (11-13).


Les diagnostics anatomiques spécifiques fournissent des conseils cliniques limités pour la prise en charge du patient ou l'estimation du pronostic. (15)
Pour ces raisons, les experts appellent à un changement de paradigme dans ces étiquettes et encouragent l'identification des facteurs de risque modifiables associés à l'apparition de la douleur à l'épaule tels que des modèles moteurs anormaux ou des troubles du mouvement.


Un facteur de risque potentiel de douleur à l'épaule est la dyskinésie scapulaire. La dyskinésie scapulaire fait référence à des changements dans la position et le mouvement de l'omoplate. (1). La dyskinésie scapulaire a été associée à la douleur de l'épaule, en particulier le syndrome du conflit de l’épaule (Shoulder Impigement Syndrom), la tendinopathie de la coiffe des rotateurs et les troubles multidirectionnels. (1, 22). La nature transversale des études dans les revues précédentes signifie qu'on ne peut pas déterminer si la dyskinésie scapulaire a contribué au développement de la douleur à l'épaule ou si elle est apparue suite à la douleur à l'épaule.

La dyskinésie scapulaire est fortement prédominante dans la population générale asymptomatique (23) et significativement plus élevée chez les athlètes « overhead » (23). Cependant on ne sait pas si la dyskinésie est une adaptation spécifique au sport qui est potentiellement bénéfique pour une performance maximale et une protection contre les blessures.


L’objectif de l’étude est alors de revoir de façon systématique si la présence  d’une dyskinésie chez les athlètes asymptomatiques augmentait leur risque de développer une future douleur d’épaule.
 

Méthode



Stratégie de recherche

Les bases de données suivantes ont été utilisées pour la recherche de documents existants (depuis leur création jusqu'en août 2016) : Cochrane Library, Embase (via Ovid), PubMed, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature (via Elton B Stephens Co (EBSCO)), Allied and Complementary Medicine Database (via Ovid) and SPORT- Discus (via EBSCO)

Sélection d’études

La recherche a été menée par 2 auteurs. Puis ils ont sélectionné indépendamment les titres et les résumés pour déterminer leur admissibilité en fonction des critères énoncés au tableau 1

 

La dyskinésie scapulaire augmente de 43% le risque de douleur à l'épaule chez les athlètes asymptomatiques : une revue systématique et une méta-analyse
Mesures de résultats

Le principal résultat de cette revue était la douleur à l'épaule enregistrée via n'importe quel questionnaire, échelle ou outil indiquant le résultat dichotomique de « douleur à l'épaule » ou « pas de douleur à l'épaule » pendant la période de suivi. L'observation visuelle, l'analyse tridimensionnelle de la position scapulaire ou l'utilisation de tout autre outil de mesure pour déterminer la présence d'une dyskinésie scapulaire ont été acceptés, à condition que les données puissent être dichotomisées comme « dyskinésie scapulaire » ou « pas de dyskinésie scapulaire ».
 

Résultats



Sélection d'étude

La recherche a permis d'identifier 1099 titres d'étude qui répondaient potentiellement aux critères d'inclusion / exclusion. Après la suppression des doublons, les 565 études restantes ont été examinées et neuf études ont été examinées en texte intégral. Après avoir réussi à contacter trois auteurs, (24 34 35) cinq études ont satisfait aux critères d'inclusion et d'exclusion et ont été incluses dans la méta-analyse. (36 37)

Caractéristiques des études

Un total de 419 participants ont été inclus dans la méta-analyse, avec un âge moyen allant de 14 à 34 ans. Les cohortes utilisées par les études incluses allaient des athlètes de loisirs aux athlètes d'élite. Deux cohortes se composaient d'adolescents, (34 35) tandis que les autres études comprenaient des adultes. (24 36 37) Les études ont principalement investigué les athlètes de sports « overhead », de natation, de sports de lancer et de raquette (24 34 35 37), et une autre sur une population de joueurs de rugby. (36) Deux études ont inclus des participants ayant une douleur à l'épaule autodéclarée au départ, et ces participants ont été exclus de l'analyse. (24 34)

Synthèse des résultats et méta-analyse

Les cinq études pouvaient être incluses dans la méta-analyse, dont les résultats sont présentés à la figure 4. Parmi les 419 participants, 160 (38,19%) présentaient une dyskinésie scapulaire. En ce qui concerne le risque global, 35% des athlètes ayant une dyskinésie scapulaire (56/160) ont ressenti une douleur à l'épaule au cours d'un suivi de 9 à 24 mois. En comparaison, 25% des athlètes sans dyskinésie scapulaire (65/259) ont éprouvé des douleurs à l'épaule durant cette période.
La présence d'une dyskinésie scapulaire à l'inclusion indiquait un risque accru de douleur à l'épaule de 43% sur un suivi de 9 à 24 mois (RR = 1,43, IC à 95% de 1,05 à 1,93, I2 = 40%).

Discussion


Cette revue étend la connaissance du lien entre le mouvement scapulaire et la douleur, et a constaté que les athlètes asymptomatiques avec une dyskinésie scapulaire ont un risque de développer une douleur à l'épaule de 43% plus élevé sur une période de suivi de 9 à 24 mois que les patients qui n'ont pas de dyskinésie scapulaire. La dyskinésie scapulaire peut être considérée comme une cause plutôt qu’une conséquence dans certains cas de douleur à l'épaule. Cependant, ces résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de la variance des IC à 95%, de l'hétérogénéité méthodologique et de certains risques de biais dans les études incluses.
 
Mécanismes par lesquels la dyskinésie scapulaire pourrait contribuer au développement de la douleur à l'épaule

Comme facteur direct, les théories antérieures ont suggéré que la dyskinésie scapulaire pourrait entraîner un syndrome sous-acromial par réduction de l'espace sous-acromial. (1, 17) ou que la dyskinésie scapulaire réduit la force fonctionnelle de la coiffe des rotateurs, augmentant ainsi la probabilité de surcharge tendineuse avec symptômes tendinopathiques subséquents. (19) Cependant, la dyskinésie scapulaire peut être un facteur de risque interactif indirect, car une recherche prospective récente a démontré que la dyskinésie scapulaire n'est pas un facteur de risque isolé mais augmente le risque de douleur à l'épaule en présence d'une augmentation excessive de la charge (47). Cette revue actualisée a démontré qu'une dyskinésie peut être présente en l'absence de douleur à l'épaule (65% des athlètes) et qu'une douleur à l'épaule peut être présente en l'absence de dyskinésie (25% des athlètes). Ainsi, la dyskinésie scapulaire peut seulement être importante, en tant que facteur de risque interactif. Alternativement, il est possible que la dyskinésie scapulaire ne soit pas du tout un facteur de risque, mais un indicateur précoce d'une douleur à l'épaule future. (48) Des recherches antérieures ont indiqué que la fatigue immédiate (à court terme) (49-52) et des augmentations excessives de la charge d'entraînement (53, 54) peuvent induire une dyskinésie scapulaire sans douleur à l'épaule et séparément peuvent induire indépendamment une douleur à l'épaule. Une investigation plus poussée est nécessaire pour confirmer ou réfuter ces hypothèses
 
Screening
 
 
La question est la suivante : le screening de la dyskinésie scapulaire devrait-il être inclus dans la pratique courante pour déterminer un facteur de risque ?
 
 
Des données récentes suggèrent une prévalence de 54% de dyskinésie scapulaire chez les athlètes « overhead » asymptomatiques. (23) Selon les résultats de la présente étude, les 46% des athlètes sans dyskinésie scapulaire seraient exposés à un risque de 25%, ce qui porte à 11 sur 100 les athlètes qui présenteront une douleur de l’épaule dans ce groupe. Les 54% des athlètes atteints de dyskinésie scapulaire seraient exposés à un risque de 35% (43% de risque en plus par rapport à que ceux qui n'en ont pas), menant à 19 sur 100 les athlètes qui présenteront une douleur à l'épaule dans ce groupe. Dans ce cas, 35 athlètes seraient correctement classés comme non susceptibles et 19 athlètes correctement classés comme susceptibles de développer une douleur à l'épaule. Ce scénario présente une précision diagnostique de 54%, ce qui est presque la même chose qu'un tirage au sort. La validité du screening dans les sports a récemment été remise en question de façon extensive (55. 56) La présente revue soutiendrait ces études, soulignant que le screening de la dyskinésie scapulaire n'est pas une approche utile pour prédire la douleur à l'épaule.

D’un autre côté, la présence de dyskinésie scapulaire indique un risque accru de développer une douleur à l'épaule. Le temps et le coût financier de l'évaluation de la dyskinésie scapulaire sont minimes (1). Les informations obtenues pourraient être utilisées dans le cadre d'une batterie de tests comprenant d'autres facteurs de risque prédictifs connus tels que l’amplitude de rotation gléno-humérale (57), la force de la coiffe des rotateurs (58), un antécédent de blessure (57) pour déterminer un profil de risque de blessure individualisé.
 
ll a été démontré que la présence et l'étendue de la dyskinésie scapulaire sont influencées par la fatigue aiguë et chronique (50-52. 54). La dyskinésie scapulaire est plus fréquente après une séance et augmente généralement au fur et à mesure que la saison avance (50-54). Il est possible que les athlètes développent des dyskinésies scapulaires post évaluation initiale (54) Les études futures devraient envisager d'étudier si le screening en suivi présente un bénéfice supérieur au screening de base isolément.
 

Conclusion


La présence de dyskinésie scapulaire chez les athlètes asymptomatiques semble augmenter le risque de développer une douleur à l'épaule de 43% (IC). Cette information peut être utile dans le cadre de l'examen de santé périodique et dans la conception des programmes de prévention des blessures.
 

Article original


Veronica Solvig, Vinicius Cavalheri, Meg Harrold, Leanda Mckenna Darren Hickey, Scapular dyskinesis increases the risk of future shoulder pain by 43% in asymptomatic athletes: a systematic review and meta-analysis
 
Références
 
1. Kibler WB, Ludewig PM, McClure PW, et al. Clinical implications of scapular dyskinesis in shoulder injury: the 2013 consensus statement from the 'Scapular Summit'. Br J Sports Med 2013;47:877–85. 
13 Lewis JS. Rotator cuff tendinopathy/subacromial impingement syndrome: is it time for a new method of assessment? Br J Sports Med 2009;43:259–64. 
15 Littlewood C, May S, Walters S. Epidemiology of rotator cuff tendinopathy: a systematic review. Shoulder & Elbow 2013;5:256–65. 
17 Silva RT, Hartmann LG, Laurino CF, et al. Clinical and ultrasonographic correlation between scapular dyskinesia and subacromial space measurement among junior elite tennis players. Br J Sports Med 2010;44:407–10. 
19 Tate AR, McClure PW, Kareha S, et al. Effect of the scapula reposition test on shoulder impingement symptoms and elevation strength in overhead athletes. J Orthop Sports Phys Ther 2008;38:4–11.
22 Timmons MK, Thigpen CA, Seitz AL, et al. Scapular kinematics and subacromial- impingement syndrome: A meta-analysis. J Sport Rehabil 2012;21:354–70.
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