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La science à propos des atteintes sur les ischio-jambiers : essais et erreurs !



Lors de la mise à jour de notre cours sur les lésions musculaires, nous avons analysé plus de 900 publications. Nous allons prochainement vous présenter les nouvelles approches fondées sur les preuves proposées par KINESPORT.  L'augmentation considérable du nombre de publications conduit à un constat collectif: il subsiste un grand manque d'harmonisations tant dans les terminologies, les définitions que les designs d'étude. Les ECR deviennent de fait difficiles car les hétérogénéités retrouvées  sont nombreuses. SI l'on souhaite avancer dans la prise en charge des lésions musculaires mais aussi d'autres pathologies dans le sport (et dans d'autres domaines), il devient urgent de définir un cadre commun à respecter notamment pour les réalisations étude à l’avenir.. 

C'est pourquoi nous avons décidé de  vous synthétiser/traduire  l'édito du BJSM de Kristian Thorborg,  Lasse Ishøi et Kasper Krommes, publié  le 23 avril 2020 sur les muscles ischio-jambiers, qui traite justement de ce sujet. 

Même si les connaissances sur la manière d'optimiser la rééducation des athlètes après une blessure aiguë aux ischio-jambiers progressent, les trois auteurs ont constaté
  • qu'au cours des six dernières années, huit essais contrôlés randomisés (ECR) sur ce sujet ont vu le jour,
  • les lacunes méthodologiques communes de la littérature existante sur les essais cliniques sur les ischio-jambiers, qui pourraient aider à orienter et à améliorer la robustesse scientifique des futurs essais.
 
Sur cette base, les auteurs suggèrent quatre mesures pratiques pour faire progresser le domaine en éliminant les erreurs courantes. 

De la question clinique à la science !

De récents ECR pertinents sur le plan clinique montrent que des interventions spécifiques basées sur l'exercice réduisent le temps de retour au sport et le risque de rechute (Ishøi et al. 2020). En particulier, les exercices de contractions en allongement (excentrique) par rapport aux exercices classiques  réduit le temps de retour au sport, alors qu'un programme basé sur des critères incluant un exercice plus spécifique à la course, par rapport à l'approche d'allongement, semble prometteur pour réduire le risque de rechute. En outre, les injections de plasma riche en plaquettes (PRP) n'ont apporté aucun avantage supplémentaire à la rééducation actuelle basée sur l'exercice. Cela souligne l'importance d'une charge mécanique spécifique et d'exercices de course progressifs chez les athlètes souffrant d’atteintes aux ischio-jambiers -

Étape 1 - Directives pour la rédaction de rapports

Les auteurs recommandent de suivre les pratiques et recommandations déjà établies :
  • Celles de pré-enregistrement,
  • Utiliser des modèles d'étude rigoureux
  • Suivre les directives de rapport comme le Consolidated Standards of Reporting Trials - RCT et le Consensus on Exercise Reporting Template - exercise trials.
Les hypothèses, analyses et suivi de résultats doivent devenir la nouvelle norme. A titre d'exemple de l'état actuel, seuls 2 des 10 ECR existants sur la rééducation des muscles ischio-jambiers ont été pré-enregistrés (c'est à dire que vous enregistrez au préalable le design de votre étude. Beaucoup de chercheurs à ce jour ne pré-enregistrent pas et écrivent le design après résultat, permettant ainsi des arrangements). Les futurs essais sur les ischio-jambiers peuvent également être améliorés en utilisant l'approche PICOT (Population, Intervention, Comparateur, Ourtcome (résultat) et Time of interest)).

Étape 2 - Population, intervention et comparateur

Les auteurs proposent de définir et étudier un groupe homogène d'athlètes spécifiques présentant des blessures d'une gravité particulière, en accordant plus d'attention au sexe, au niveau de jeu et aux performances. Les populations étudiées dans les essais existants ont été principalement des athlètes masculins non professionnels issus de sports mixtes. Les athlètes présentent un large éventail de gravité de blessure (de quelques jours seulement à plusieurs mois de récupération). Alors que la plupart des essais récents suggèrent un retour au sport à une moyenne de >3 semaines, les joueurs de football professionnels reviennent beaucoup plus rapidement. Comme les athlètes d'élite, tels que les footballeurs, ont le plus grand risque de se blesser à nouveau aux ischio-jambiers au cours des premières semaines suivant la rééducation, il est peu probable que les faibles taux de rechute (0 à 10 %) observés dans de nombreux essais de rééducation des muscles ischio-jambiers qui incluent des athlètes de loisir puissent être attendus dans le football professionnel où les taux de rechute sont généralement beaucoup plus élevés (15 à 30 %).

Les auteurs préconisent également de décrire les interventions et les comparaisons d'exercice dans les essais de rééducation des muscles ischio-jambiers existants, conformément aux directives existantes des guidelines. La plupart des interventions comprennent une approche progressive de la course à pied, mais la plupart des essais ne décrivent pas suffisamment cette partie. Comme la course à pied, et en particulier le sprint, est un "exercice" à dominante ischio-jambiers, ils  recommandent de décrire l'exposition exacte à ce stimulus spécifique, car cela permettra à d'autres praticiens de reproduire les charges spécifiques appliquées aux ischio-jambiers dans une étude donnée s'ils le souhaitent. Les trois auteurs recommandent que les futurs essais fassent état de l'adhésion à la fois à l'intervention principale basée sur l'exercice et au programme supplémentaire de course progressive.

Étape 3 - Résultat

Concernant les résultats (outcomes) les auteurs recomment d'examiner attentivement le résultat le plus pertinent pour le groupe d'athlètes. Le résultat le plus souvent choisi dans les essais de rééducation des muscles ischio-jambiers a été le temps de retour au sport et la rechute. Ces résultats ont toutefois toujours été considérés comme les plus pertinents sans tenir compte des contributions des athlètes/patients. Les définitions de ces résultats n'ont pas été bien normalisées, ce qui limite l'interprétation des essais et les comparaisons. Dix essais publiés sur les ischio-jambiers utilisent quatre définitions différentes du retour au sport :
1) Longueur de réhabilitation.
2) Critères.
3) Auto-évaluation.
4) Critères et autodéclaration,

et deux périodes de suivi différentes (6 mois et 12 mois) pour la rééducation. Les auteurs conseillent aux chercheurs de déclarer à l'avenir le temps écoulé entre la blessure et la réadaptation  selon :
(1) Critères d'autorisation ou autorisation de reprendre le sport.
(2) le retour effectif à la pratique d'un sport (autodéclaré) séparément.

Étape 4-temps

La nature et la période ((T)ime) concernant les rechutes sont également extrêmement pertinentes à signaler. Les études publiées à ce jour ne faisaient pas la distinction entre les exacerbations mineures (pendant la réadaptation de la blessure initiale - avant la reprise du sport) et les récidives franches (après la reprise du sport). Les délais de suivi pour saisir les exacerbations et les récidives varient également d'une étude à l'autre.


Les auteurs proposent de suivre ces quatre étapes qui selon eux  feront progresser les futurs essais individuels sur les ischio-jambiers et faciliteront le travail de ceux qui tentent de mener une méta-analyse de qualité (idéalement avec des données individuelles sur les patients). De telles études permettront de fixer une limite à l'erreur  lors de la rééducation des athlètes souffrant de lésions aux ischio-jambiers.

Ci-contre : temps de retour au sport et période de suivi de la rééducation des blessures dans les essais de rééducation des muscles ischio-jambiers.

Durée de la rééducation : le retour au sport était pris en compte lorsque les athlètes terminaient leur rééducation ; Critères : le retour au sport était pris en compte lorsque les athlètes réussissaient certains critères ; Auto-évaluation : le retour au sport était pris en compte lorsqu'un retour était signalé par l'athlète.
* Indique le temps nécessaire pour reprendre le sport comme temps moyen ;
** Indique le temps nécessaire pour reprendre le sport.
PATS, agilité progressive et stabilisation du tronc ;
PPP, injections de plasma pauvre en plaquettes ;
PRES, course progressive et renforcement excentrique ;
PRP, injections de plasma riche en plaquettes ;
STST, étirement et renforcement statique.
 

L'article

Thorborg K, Ishøi L, Krommes K.
Br J Sports Med Epub ahead of print: [please include Day Month Year]. doi:10.1136/bjsports-2020-102213




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