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Les difficultés de l’EBP en France



Comme vous le constatez tous, les démarches EBP en France après avoir été introduites et stimulées, sont aujourd’hui à juste titre débattues. En effet, la façon dont est incité l’EBP provoque des distances et des questionnements voire même pour certains des défiances des professionnels de santé, notamment en kinésithérapie.  L’EBP est utilisé plutôt comme un mot clé, tout comme celui de guideline ou encore celui de bio-psycho-social, sans avoir intégré réellement la démarche mais en le faisant croire.  Kinesport s’est imposé dans le cadre de son activité d’architecturer une méthodologie et une pédagogie liées à l’EBP que nous allons vous expliquer à travers plusieurs articles dont celui-ci est le premier.  
 
Bénédicte Flye Sainte Marie nous explique dans son livre "Les 7 péchés capitaux des réseaux sociaux", que les réseaux sociaux ont contribué à brouiller les bonnes informations et que l’infobésité a permis, plus que la liberté de s’exprimer, la liberté de critiquer et d’insulter pour exister. C’est justement à travers ces médias que l’EBP en France est déformé mais aussi dans d’autres pays. On s’y permet du coup un nombre considérable de légèretés.
 
  • Préconiser l’EBP ce n’est pas traduire des conclusions d’abstract et les partager.  
  • Cela n’est pas rassembler non plus des bouts d’études comme des puzzles mal emboités et conclure par une désinformation.
  • Encore moins citer 3 consensus récents sur des sujets différents en dictant la voie à suivre.  
On confond encore trop souvent l’approche scientifique, le scientisme, les publications, la vulgarisation, la désinformation et la réelle définition de l’EBP. Les réseaux permettent d’accéder pour certains à ce qui pourrait s’apparenter à une aura qu’ils n’auraient jamais eu.  On s’y invente des expériences, un CV, et des savoirs et on y dicte, pourtant sans aucune démarche factuelle, ce qu’il faut faire tout en critiquant ce que les autres font. 
 
Kinesport depuis plus de dix ans essaye d’adopter une démarche la plus factuelle possible que je vais tenter d’expliquer. Si on veut être totalement honnête, cela n’a pas été simple. On a fait face et on fera face à certaines maladresses et difficultés. Dans notre secteur professionnel, où l’empreinte des techniques qui fonctionnent sans preuve est très ancrée, la tâche se veut encore plus difficile. Si l’on souhaite avancer sereinement, la kinésithérapie n’a nul besoin de commerciaux de l’EBP, qui n’aura que pour conséquences une dichotomie de la profession entre ceux qui soi-disant pratiquent l’EBP de ceux qui ne le pratiquent pas. C’est pour cette raison que l’on commence à lire des termes très (trop) forts sur les réseaux « vous les gens de l’EBP », les « ayatollah de l’EBP »… D’une part c’est dommage, et d’autre part ce n’est ni la réalité, ni le besoin. Beaucoup de professionnels qui pourtant souhaitent améliorer leur pratique avec un raisonnement clinique basé sur les preuves et une pratique factuelle, vont se braquer et faire chemin inverse. Ils n’attendent pas qu’on leur dise que ce que qu’ils font est nul, mais plutôt comment améliorer ce qu’ils font déjà. 
 
Mais pourquoi est-ce si difficile ?
Pour analyser dans la plus grande transparence, il faut 
 
  • Savoir remettre en cause ses convictions. Rappelons qu’une conviction n’a pas lieu d’être dans le domaine de la science, excepté lorsqu’elle prend la forme d’hypothèse (Nietzsche). 
  • Reconnaitre et admettre ses erreurs.
  • Comprendre la réelle portée de nos actes et de nos écrits.
  • Comprendre pourquoi l’EBP et l’applications de Guidelines ont autant de mal à être intégrés dans de nombreux pays dont la France. 
 


Albarqouni, et al (2018) ont publié un article « Core Competencies in Evidence-Based Practice for Health Professionals. Consensus Statement Based on a Systematic Review and Delphi Survey » où ils expliquent que 68 compétences sont utiles pour pratiquer l'Evidence-Based-Practice.  En lisant des 68 compétences, on constate qu'il s'agit avant tout de connaître par exemple :
 
  • Les méthodologies de recherche.
  • De ne pas confondre série de cas et essai randomisé.
  • Pour chaque type de question, comprendre quelles modalités d'expérimentations pourront répondre à la question.
  • Reconnaître que l'association ne signifie pas causalité, et savoir l'expliquer.
  • Comprendre l'intérêt d'identifier les conflits d'intérêts et les sources de financement.
  • Savoir différencier revues systématique, méta-analyse, revue non systématique.
  • Faire la différence entre des recommandations fondées sur des preuves ou sur des opinions d'experts.
 


Les informations produites par les travaux de recherche clinique ont un rôle de plus en plus important pour décider du choix d’un traitement, avec toutes les limites et biais du système que l’on vient de constater à l’échelle planétaire.  Il est impossible pour un professionnel de santé d’avoir une pratique de haute qualité́ sans s’informer régulièrement des nouvelles connaissances, sans rechercher les traitements les mieux adaptés aux besoins du patient. La prise en compte de ces informations devient d’autant plus difficile que le volume, la qualité́ et la diversité́ des publications n’ont cessé́ de croître depuis 20 ans. En 2001, Smith publiait déjà que la quantité́ d’information médicale doublait approximativement tous les dix ans et sera multipliée par 4 au cours de la carrière d’un professionnel. Pour rester informé, Shaneyfelt et al. la même année estimait qu’un clinicien devrait lire 19 articles tous les jours de l’année, ce qui, en pratique, est impossible. Que dire aujourd’hui face à la surmultiplication des publications et des biais. 
 
Face à ce constat, en 2012, Regnaux et al. ont questionné des étudiants d’IFMK en France. Les résultats ont montré que les étudiants avaient des notions limitées de l’EBP en fin de cursus. Les outils indispensables à l’utilisation de l’EBP ne semblaient pas être maîtrisés : 92 % des étudiants indiquaient ne pas être familiers avec l’usage du modèle PICO qui permet de transcrire une question clinique en termes utiles pour une recherche bibliographique. La majorité des étudiants (86 %) ont rapporté ne pas savoir ou ne pas recevoir d’enseignement spécifique d’EBP dans leur cursus. 
 
 
Le déroulement qui conduit l'analyse longitudinale du premier contact avec le sportif jusqu'à l'identification finale de la pathologie et en fin de la décision des modalités de prise en charge en kinésithérapie est complexe. Il fait appel encore trop souvent à l'intuitif, propre à chaque praticien. La capacité de prendre des décisions cliniques sûres et précises est pourtant le fondement d’un professionnel de santé compétent. Par la pratique basée sur les preuves (Evidence-Based Practice EBP) qui se développe, l'utilisation d'outils tels que des scores cliniques et/ou de guidelines évolue.  Cependant ces outils sont parfois peu soutenus par les consensus, parfois arbitraires, souvent biaisés, et il est nécessaire 
 
  • de comprendre comment sont conçus ces outils 
  • d'évaluer si les recommandations sont en adéquation avec la pratique clinique.
 
 

Enfin les approches Practice-Based Evidence sont d'une valeur sous-estimée. KINESPORT dans sa démarche de raisonnement clinique base le triage des évidences à l'équilibre de ces deux notions fondamentales que sont l'EBP et le PBE—Practice-Based-Evidence.
 
Dernièrement, un jeune confrère s’est permis d’interférer dans nos échanges en prétextant qu’utiliser ces deux termes étaient un pléonasme. Le plus étonnant, voire même le plus grave, c’est que ce professionnel est un représentant auto-proclamé de l’EBP qui finalement démontrait toute sa naïveté.  À cet instant, je me suis posé deux questions. La première, est ce que finalement la démarche EBP est-elle bien communiquée et représentée dans la corporation de la kinésithérapie en France.  De toute évidence, la réponse est non. Il faut d'ors et déjà réfléchir à d'autres modes de transmissions que ceux qui sont utilisés actuellement.  La seconde consistait à me demander si on ne faisait pas fausse route à vouloir avancer dans la structuration de l’enseignement d’une pratique factuelle honnête avec toutes ses limites puisque visiblement, les professionnels en France ne seraient pas encore prêts et que peut-être les moyens non plus. Cependant, avec mes collaborateurs nous n’avons pas réfléchit longtemps.  Nous avons décidé de continuer notre approche sur la base de l’équilibre de l’Evidence-based-Practice et du Practice-Based-Evidence, car tout simplement, nos confrères ont le droit de pouvoir être informés, de choisir, et d’entendre le discours le plus honnête possible que nous sommes en mesure de leur transmettre, et qui selon nous le plus proche de la réalité. Cette approche a été validée par notre conseil scientifique, constitué de professeurs en médecine, de chercheurs universitaires et de cliniciens de renommées internationales.

Nous vous expliquerons cette démarche dans les articles prochains.




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