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Massage et récupération : toujours d’actualité !



Massage et récupération : toujours d’actualité !
Plus connues sous le nom de courbatures, les DOMS (« Delayed Onset Muscle Soreness » ou « douleurs musculaires retardées ») [1] sont marquées par une douleur d’apparition retardée suite à un effort excentrique inhabituel, intense et/ou répété. Il en résulte alors une inadéquation du muscle aux contraintes du travail excentrique entrainant des micro-lésions conjonctives et musculaires amplifiées par un processus inflammatoire associé. C’est le processus inflammatoire qui en résulte et non les micro-lésions qui provoquent les DOMS car les douleurs apparaissent dans les 12-48h qui suivent l’exercice.


Pourquoi cette introduction ?
Parce qu’il y a quelques années, certains articles expliquaient sans fondement que suite à un massage réalisé « dans les 2 heures » post-exercice [2],  une diminution de la douleur musculaire durant les jours suivants était constatée par les athlètes. Mais bien que cliniquement démontré et empiriquement éprouvé par les sportifs, aucunes études sérieuses n’avaient pu prouver la valeur scientifique du bienfait du massage sur ces DOMS et le monde du sport restait dans l’expectative quand à l’utilisation systématique du massage en récupération. Tout au plus on avait démontré une augmentation de la circulation veineuse superficielle (pas assez néanmoins pour diminuer le taux de lactates) et un effet antalgique « gate control » sur les nocicepteurs par la diminution de leur seuil de sensibilité. Quand à son effet psychosomatique, il était certes évident mais pas suffisant pour imposer le massage comme « gold standart » de la récupération.

Mais voilà, les recherches scientifiques avancent et une étude publiée par un groupe de recherche canadien de l’université McMaster dans la revue « Science Translational Medecine » en février 2012 [3] vient confirmer scientifiquement les impressions cliniques mentionnées ci-dessus.

L’étude incluait 11 sportifs âgés d’environ 20 ans qui, suite à des tests d’effort effectués précédemment pour déterminer leurs capacités physiques (quelques jours avant l’expérience), réalisaient, après une biopsie de contrôle sur les quadriceps (vaste lateralis) des 2 membres inférieurs, un effort de 70min sur cycloergomètre jusqu’à épuisement. Un massage de 10min était alors réalisé à la fin de l’exercice sur seulement un des 2 membres inférieurs et deux nouvelles biopsies étaient faites 10min et 2h30 après l’effort.

Les résultats des biopsies constatèrent des changements métaboliques importants dans le muscle massé (quadriceps) versus le muscle non massé. Ils mirent en exergue que par un processus de mécanotransduction (transformation des messages mécaniques de la main sur les tissus en messages biologiques), les protéines kinases modifièrent leur structure chimique et induisirent une cascade d’événements biologiques qui activèrent certains gènes. L’équipe de recherche a constaté la modification de 9 gènes différents dont certains gènes impliqués dans la diminution des mécanismes d’inflammation En effet, comme le note Mark Tarnopolsky, responsable de l’étude canadienne: « malgré l'absence d'effet sur les métabolites musculaires (glycogène, lactate), le massage a atténué la production des cytokines inflammatoires comme les facteurs de nécrose tumorale alpha (TNF-α) et l'interleukine-6 (IL-6) et réduit entre autres la phosphorylation des protéines de choc thermique 27 (HSP27), atténuant ainsi le stress cellulaire résultant d'une blessure myofibrillaire ».

En résumé, le massage agirait donc bien comme un anti-inflammatoire naturel. Loin de vouloir stopper toute réaction inflammatoire absolument nécessaire à toute modification architecturale musculaire suite à un exercice physique, il jouerait simplement le rôle de modérateur de l’inflammation au même titre que les bains glacés post-entrainement.

Autre découverte conjointe de cette expérience et non moins importante : le massage favorise la biogenèse mitochondriale. Cette augmentation du nombre de mitochondries au sein de la cellule musculaire permettra une cicatrisation des micro-lésions musculaires optimale car comme nous le rappelle P. Portero, chercheur à l’Institut de Myologie du Groupe Hospitalier Pitié Salpêtrière de Paris : « plus le nombre de mitochondries augmente, plus la machine énergétique va être efficace et meilleure sera la récupération musculaire ».

Ainsi, plus que de prouver ce que cliniquement les sportifs ressentaient depuis longtemps, cette étude a démontré scientifiquement que des contraintes mécaniques exercées par la main du thérapeute pouvaient modifier l’expression de gènes au plus profond de la cellule musculaire. S’il est constaté qu’en 10 minutes seulement des effets biologiques sont déjà présents, il reste cependant encore à déterminer la posologie optimale en terme de durée (intervalle d’attente post-effort et temps de massage), de directions et d’intensité. Espérons que de nouvelles études viendront préciser ces modalités.

Si par cette étude nous venons de constater une fois de plus que le  patient dans son « ressenti » a bien souvent raison et que la science finit tôt ou tard par lui donner le dernier mot, elle vient par là, plus que jamais, réintégrer pour nous l’intitulé complet de notre formation de… Masseur-Kinésithérapeute.


[1] Miles MP., Clarkson PM. Exercice-induced muscle pain, soreness and cramps. (Review) J. Sports Med & Physiol. Fit. 1994; 34 (3): 203-16.
[2] J. M. Coudreuse et al. Delayed post effort muscle soreness. Annales de réadaptation et de medecine physique 47 (2004) 290-298.
[3] J. D. Crane, D. I. Ogborn, C. Cupido, S. Melov, A. Hubbard, J. M. Bourgeois, M. A. Tarnopolsky. Massage Therapy Attenuates Inflammatory Signaling After Exercise-Induced Muscle Damage. Science Translational Medicine, 2012; 4 (119).
Pour plus d’information sur cette recherche, vous pouvez poser vos questions directement par mail au responsable de l’étude Mark Tarnopolsky à tarnopol@mcmaster.ca


Texte écrit par A. Douville de Franssu




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