KINESPORT KINESPORT







Prévention des blessures en danse : perspectives actuelles



Les danseurs sont clairement des athlètes, au sens où les capacités requises pour être à haut niveau sont très dures. Les performances des danseurs, tout comme d'autres sportifs, dépendent notamment de la force et de l'endurance musculaires, de l'utilisation d'énergie anaérobie et aérobie, de la vitesse, de l'agilité, de la coordination, du contrôle moteur et de la préparation psychologique. Les blessures dans ce domaine sont fréquentes, et là encore la prévention des blessures est préférable à leur prise en charge.
 
Le but de la revue sélectionnée [1] était :
- de mettre en évidence l'état actuel des connaissances sur les blessures chez les danseurs, avec insistance sur la prévention,
- d'apporter aux cliniciens, aux chercheurs et à d'autres personnes amenées à travailler avec des danseurs des informations leurs permettant de prodiguer des soins optimaux,
- de motiver les professionnels à s'occuper des danseurs.
 
Quelle danse ? Quelle blessure ?
 
Il existe bon nombre de styles de danse, chacune avec ses caractéristiques. Ballet, danse moderne, danse contemporaine, jazz, hip-hop, flamenco, claquettes ou encore break dance ne sont que des exemples.
La région la plus touchée par les blessures chez les danseurs est le membre inférieur. Cependant, certains styles de danse peuvent entraîner des blessures au niveau des membres supérieurs ou du dos du fait de déplacements proches du sol ou du porté d'un(e) partenaire.
 
Des études de 2013 ont montré que 84 à 95% des danseurs ont blessés au moins une fois dans leur vie.
 
Défis dans les soins des danseurs comparés aux athlètes
 
Contrairement à la plupart des athlètes qui se livrent à des séances d'entraînement quotidiennes de relativement courte durée, les danseurs peuvent participer régulièrement à des cours techniques pendant plus d'une journée, suivis par des répétitions acharnées les après-midi et le soir, voire souvent les week-ends. Il est décrit qu'ils ont un psychisme hors norme. Les danseurs de ballet, en particulier, présentent une passion dévorante pour la danse, qui rend la décision d'arrêter momentanément leur activité à cause d'une blessure très difficile. Un état d'esprit qui a été comparé à une réelle addiction [2].
 
De plus, il apparaît qu'ils présentent un seuil de la douleur plus élevé et une plus grande tolérance à la douleur. La douleur est fréquemment considérée par les danseurs comme un facteur normal dans la pratique de leur activité.
 
Facteurs techniques et psychosociaux liés aux blessures chez les danseurs
 
Les blessures sont vécues par les danseurs comme un événement naturel voire nécessaire. Plusieurs facteurs contribuent à l'apparition de ces blessures.
Ceux-ci ont été catégorisés ainsi par les auteurs de la revue :
- entraînement inadéquat : manque d'échauffement, sauts à répétitions, etc.
- technique incorrecte : hyperpronation du pied, mauvaise rotation latérale de hanche, etc.
- environnement dangereux : sol trop glissant, trop dur, danse pieds nus, etc.
- déformation structurale du pied : pied plat / creux / valgus, hallux valgus, etc.
- déséquilibre biomécanique : faiblesse de la force excentrique des membres inférieurs, déséquilibre musculaire au niveau du bassin, etc.
 
De plus, le taux de blessure est d'autant plus accru que le niveau de stress est élevé.
 
Enfin, certains subtilités techniques, primordiales dans certains genres comme la position de rotation latérale des hanches chez les danseurs de ballet (position des pieds selon un angle de 180°), impliquent de la part des danseurs de forcer sur les amplitudes afin d'obtenir le meilleur alignement possible, ce qui peut résulter à des douleurs lombaires par exemple.
 
Facteurs de prévention en danse
L'entraînement physique
 
Le sujet des blessures chez le danseur est très étudié mais peu d'auteurs ont émis de stratégies de prévention visant à atténuer les blessures.
Une étude décrite dans cette revue [3] présente cinq principaux domaines d'investigation dans ce but préventif (qui s'inspirent des facteurs de risque décrits ci-dessus) :
- l'échauffement,
- l'entraînement (incluant la force musculaire, la puissance, l'endurance, la pliométrie, l'agilité, l'équilibre, la stabilité articulaire et les techniques de danse spécifiques),
- l'équipement (chaussage et surfaces),
- les aspects réglementaires (règles et règlements concernant la danse),
- l'auto-prise en charge et les méthodes de traitement.
 
Parmi tous ces aspects, l'entraînement est le domaine le plus vaste, et celui qui pourrait peut-être permettre le plus de diminution de l'incidence des blessures.
 
Compte-tenu des preuves apportées, il semble important que les danseurs suivent un entraînement de fitness en parallèle de leur activité, non seulement comme un complément utile à leur technique et à leurs performances, mais aussi comme un moyen de réduire leurs blessures. Un conseil qu'il faudrait donc apporter à nos patients danseurs.
 
La nutrition et le repos
 
Une nutrition sous-optimale a été corrélée avec les blessures chez les danseurs.
Les danseurs de ballet notamment doivent exercer un véritable contrôle sur leur physique, en particulier par le suivi de pratiques alimentaires strictes du fait des exigences esthétiques de leur danse. L'aspect esthétique est parfois même un facteur de pression pour garder sa place au sein d'une compagnie.
De nombreux danseurs ne peuvent suivre de pratiques nutritionnelles basées sur les preuves. C'est le rôle du professionnel de santé, et notamment du kinésithérapeute, de lui apporter des conseils dans ce domaine également.
 
De même, il a été montré un repos insuffisant chez les danseurs, alors que la fatigue est un facteur contributif des blessures. Ils doivent ainsi être encouragés à planifier des périodes de repos pour leur bien-être physique et émotionnel.
 
La surface
 
La plupart des danseurs préfère danser sur des planchers "suspendus" (faits de bois) plutôt que sur des surfaces dures telles que le béton, car ils permettent une meilleure dispersion des contraintes dues aux sauts et aux réceptions. Mais ils n'ont pas toujours le choix selon le lieu où se passent les répétitions et les présentations.
Les surfaces peuvent aussi être ressenties comme trop glissantes ou trop accrocheuses, ce qui peut altérer les performances du danseur.
 
Le chaussage
 
Selon les genres, les danseurs peuvent être pieds nus ou porter des chaussures spécifiques (claquettes, chaussons, baskets, etc.).
Malgré l'existence de systèmes amortisseurs, les danseurs préfèreront souvent s'en passer car le feedback qu'ils ont avec le sol est essentiel dans le succès de leur danse.
 
Les pointes sont notamment reconnues pour être une source importante de blessure et de douleur. C'est pourquoi il est d'autant plus important lors de la prise en charge d'un danseur de travailler avec son chaussage habituel afin de reproduire ses conditions usuelles d'activité.
 
L'accès à des soins spécialisés pour les danseurs
 
Une étude [4] a montré que 80 % des danseurs universitaires qu'ils ont interrogés pensent que les professionnels de santé ne comprennent pas les danseurs et 43 % indiquent avoir reçu des conseils inutiles. Empiriquement, la plupart des danseurs rapporteront avoir reçu au moins une fois comme conseil de la part d'un praticien d'arrêter la danse comme méthode pour gérer les blessures.
Ce conseil, néanmoins valable dans certains cas extrêmes (fracture de stress du tibia par exemple), est en général mal accepté par les danseurs. Il serait préférable d'après les auteurs de leur trouver des activités alternatives le temps de la récupération plutôt qu'un repos strict.
 
Conclusion

 
Au vu de la littérature présentée dans cette revue, voici le résumé des perspectives actuelles dans la réduction et la prévention des blessures liées à la danse :
- analyser les conditions physiques et psychologiques afin d'identifier les domaines à explorer pour minimiser la probabilité de se blesser,
- encourager la pratique d'une activité telle que le fitness en parallèle de la danse,
- améliorer la nutrition du danseur et l'informer de l'importance des temps de repos,
- lui permettre un accès plus direct à un professionnel de santé spécialisé,
- essayer de mieux comprendre ce qu'est la danse afin de s'y conformer en rééducation.
 
 
N'oublions pas qu'une bonne prise en charge commence par la réalisation d'un bilan complet et personnalisé. Dans des activités spécifiques telles que la danse, il est important de connaître tous les aspects précédemment cités afin de ne pas passer à côté d'un facteur de risque de blessure. Cela optimise la prise en charge du patient, qui se sentira d'autant plus confiant qu'il se sent compris par son thérapeute.
 
 
[1] Russell JA. Preventing dance injuries: current perspectives. Open Access J Sports Med. 2013; 4:199-210.
 
[2] Wainwright SP, Williams C, Turner BS. Fractured identities: injury and the balletic body. Health (London). 2005; 9(1): 49–66.
 
[3] Gerber SD, Griffin PP, Simmons BP. Break dancer’s wrist. J Pediatr Orthop. 1986; 6(1): 98–99.
 
[4] Russell JA, Wang TJ. Injury occurrence in university dancers and their access to healthcare. Proceedings of the International Association for Dance Medicine and Science Annual Meeting 2012; October 25–27; 2012; Singapore.




SUIVEZ-NOUS

NOS PARTENAIRES
DPC DATADOCK DPC Charte Deontologique