KINESPORT KINESPORT
 


  • Florent Manaudou Ambassadeur Kinesport
  • SYMPOSIUM 2020
  • BFR
  • Formation Kinésithérapie du Sport Expert
  • Physiothérapie Invasive
  • Récupération
  • KSP_Lyon
  • KSP_Belgique
  • Masterclass


Quelle est la qualité des Guidelines du traitement des Lésion ligamentaires en aigu de la cheville ?



Il y a quelques jours, l'équipe de Kieran Fallon a publié dans BMC Musculosketetal Disorders, une systematic review sur le sujet de ces guidelines. Vous pouvez télécharger ci-dessus la publication en libre accès.

À noter : 
- Acute lateral ankle ligament sprains (LALS) 
- Clinical Practice Guidelines (CPGs)

La méthode de cette review repose sur 7 databases médicales, et 2 auteurs indépendants qui ont appliqué les critères d'inclusion et d'exclusion.
Les contenus des CPGS sont évalués par 3 auteurs indépendants selon AGREE II.  

- 43 articles recensés dont 23 sont gardés
- 31 recommandations trouvées sur 72 ne reposent sur aucune étude mais des consensus/opinions. 

- 2 CPGS sont exclus en accord avec les auteurs 
- 2 CPGs ne reposent pas sur les LOE ( level of evidence) et Strength recommendations  (SOR).

Finalement 7 CPGS sont évalués à travers AGREE II:
- Le froid est recommandé par l'ensemble des CPGs. 
- Seuls 3 CPGS ne recommandent pas l'utilisation du chaud en aigu.
- 2 sont rédigés pour les infirmières.
- 1 est rédigé pour les Athletic Trainer américain.
- Tous les CPGS obtiennent un score peu élevé à travers l'évaluation (9%).
- Les cinq derniers ont obtenu un zéro en ce qui concerne l'applicabilité. Les autres points faibles étaient la rigueur du développement et l'indépendance éditoriale.


AGREE II:
Il est créé à travers 23 item regroupés en 6 domaines :
  1. Champs d'application 
  2. Implication des parties prenantes
  3. Rigueur de développement
  4. Clarté de la présentation
  5. Applicabilité
  6. Indépendence éditoriale

CONCLUSION :
​Les Guidelines actuels du traitement aigu après lésions ligamentaires de la cheville ne correspondent pas aux niveaux d'evidences requises.

Les auteurs concluent par :
La qualité globale des Guidelines LALS existants est médiocre et la plupart sont obsolètes. L'interprétation des preuves entre les groupes de développement des guides n'est clairement pas cohérente. Le manque de méthodologie cohérente est un obstacle à la mise en œuvre.

Pour les cliniciens, il est essentiel de savoir si les Guidelines sont basés sur des preuves de haute qualité. Les auteurs de cette étude sont d'avis que les groupes de développement  devraient utiliser une méthodologie validée telle que GRADE. Cette étude pourrait également éclairer la méthodologie d’évaluation critique de la synthèse descriptive des recommandations des guidelines pour d’autres blessures et affections.


 

En mai 2017, Wasserstein et al, publiaient dans American Journal of Sports Medecine, une systematic review également sur le même sujet à savoir l'étude qualitative des Guidelines des lésions musculo-squelettiques des tissus mous. 2 guidelines issus des BJSM et NATa sur le sujet "ankle sprain" ont été évalués respectivement à 63 et 52 % du AGREE II avec notamment un score de 27% sur l'applicabilité pour la première et de 14% pour l'indépendance éditoriale et également l'applicabilité de la seconde. 

(A Systematic Review and Appraisal of Clinical Practice Guidelines for Musculoskeletal Soft Tissue Injuries and Conditions. Daniel Pincus, John E. Kuhn, Ujash Sheth, Katie Rizzone, Kristi Colbenson, Tim Dwyer, Ashley Karpinos, Paul H. Marks and David Wasserstein. Am J Sports Med published online October 17, 2016 DOI:10.1177/0363546516667903)

CONCLUSION

Les publications médicales sont en pleines explosions et le secteur de l'édition scientifique est l'un des plus rentables au monde. En juillet 2019, la prestigieuse Université de Californie a décidé de stopper ses abonnements à Elsevier et donc de priver ses chercheurs et étudiants universitaires  à l'accessibilité des publications. Dans un article, le magazine science et avenir précise qu'en 2018, l’établissement a dû débourser 11 millions de dollars pour que ses chercheurs puissent accéder à 1500 journaux scientifiques appartenant à Elsevier — qui en détient au total près de 3000. Certes, l’édition a un coût. Mais il est sans commune mesure avec les profits qu’elle génère. Un récent article de The Conversation rappelle ainsi que les marges de Elsevier atteignent 40 %.

A lire ces propos on peut comprendre les enjeux des publications scientifiques; D'un côté les chercheurs avec une obligation de rendre publique leurs travaux, de l'autre côté les enjeux financiers du process.

En contre-attaque,  de nouvelles publications dites en open access, c’est-à-dire en libre accès, se sont multipliées. Les plus connues sont notamment Plos One, Scientific Reports ou encore PeerJ. Elles sont librement consultables en ligne. Néanmoins,  ce sont encore les chercheurs qui doivent payer la publication de leurs travaux. Ce système a en plus favorisé le développement de revues dites prédatrices qui publient les travaux des chercheurs sans en vérifier la validité scientifique… pourvu qu’ils paient.

La consultation de ces articles étant libre, les scientifiques peuvent ainsi diffuser gratuitement et rapidement les résultats de leurs travaux, avant de les soumettre à des journaux classiques. Problème : ces travaux n’ont pas été évalués par les pairs, comme c’est le cas dans une revue traditionnelle. Ils n’ont donc en l’état pas beaucoup de valeur.

Au jour où on publie pour exister, où les chercheurs sont sollicités pour le faire,  étant donné le cash que cela génère, le nombre de publications invalidées grandit.  Le nombre d'acteurs utilisant ces publications aussi à des fins stratégiques, marketings et commerciales rebondissent en échos. On se sert d'un abstract comme d'un argument/support publicitaire afin de convaincre son public que l' on est scientifique, que l'on est EBP, ou tout simplement que l'on a raison. 
Il faut donc être vigilant sur la qualité des publications, à l'heure où beaucoup publient sans correction et validation, des études, des recommandations voire même des acronymes/Guidelines. La grille AGREE II, ici sujet de l'article, permet d'évaluer à quel point un guide de pratique clinique a été mis au point suivant une méthode rigoureuse. La Collaboration AGREE définit la qualité des guides comme « la confiance que les biais pouvant être liés à la mise au point des guides ont été corrigés adéquatement et que les recommandations sont valables tant à l'interne qu'à l'externe et sont applicables à la pratique ». La grille AGREE II a pour objet de fournir un cadre pour
- évaluer la qualité des guides;
- procurer une stratégie méthodologique destinée à l'élaboration des guides;
- influencer le choix des renseignements devant être fournis dans les guides et la manière de les fournir. 

Dans le cadre des Guidelines du traitement en aigu des lésions ligamentaires de la cheville, la conclusion est assez claire sur la non applicabilité des guidelines et leurs faibles scores à AGREE II.



Instagram Twitter Facebook Inscription Newsletter