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Rupture du LCAE et gonarthrose



Rupture du LCAE et gonarthrose
Qui n’a pas une fois rapporté à un de « ses » patients et cela, avec force et conviction, que suite à une rupture des ligaments croisés (ou plutôt devrions nous dire « du » ligament croisé dans la majorité des cas) qu’une ligamentoplastie leur évitera une gonarthrose à long terme.  Mais qu’en est-il réellement ? Sur quels critères se basent ces affirmations ? Et surtout, avec l’avancée des technologies et des méthodes chirurgicales qui sont passées d’extra-articulaire à intra-articulaire, ces affirmations sont-elles encore valides ?
 
La 30ème journée de traumatologie du sport de la Pitié-Salpêtrière organisée par J. Rodineau et S. Besch qui s’est déroulé le 10 novembre 2012 à Paris nous rapporte quelques études intéressantes et surtout scientifiquement validées.
 
Mais avant même de débattre sur la probabilité d’avoir une gonarthrose après un traitement chirurgical ou un traitement conservateur, il faut bien prendre en compte différents critères de comparaison : âge, sexe, poids, activité sportive (et son niveau), lésions associées (osseuse, méniscale, ligamentaire et/ou cartilagineuse), critères d’inclusion des patients, délai écoulé entre l’inclusion dans l’étude et le traumatisme et surtout …. la classification de l’arthrose ! Car de quoi parle t-on ?
Plusieurs classifications d’auteurs proposent une analyse radiologique différente. Certains parlent d’arthrose quand il existe un amincissement de l’interligne articulaire fémoro-tibial par rapport au genou « sain » (Ahlback [1]) alors que pour d’autres (Kellgren et Lawrence [2]), un léger aplatissement du condyle, des ostéophytes sur les bords de l’articulation ou sur les épines tibiales suffisent, et cela bien qu’il n’y ait pas de réduction de l’interligne articulaire. Une étude de Liden et al [3] démontre ainsi que des signes radiologiques d’arthrose sont présents chez 23 ou 74% des patients suivant que l’on utilise l’une ou l’autre des classifications ! De quoi se poser des questions quand à la possible comparaison des résultats bruts des études scientifiques ?
 
Comme le rappelle P. Delincé et D. Ghafil,  deux revues récentes de littérature confirment que l’incidence d’arthrose illustrée radiologiquement par un début d’amincissement de l’interligne articulaire n’est pas moins fréquente dans les séries où le LCAE a été reconstruit que dans celle où il ne l’a pas été [4]. Voir même, une étude de Kessler et al. rapporte les résultats de 109 patients ayant eu une rupture isolée du LCAE sans aucune lésion associée ; le choix du traitement résultant d’une discussion entre le patient et le chirurgien. Après un délai d’environ onze ans, l’incidence de radiographies révélait une réduction de la hauteur de  l’interligne articulaire significativement plus élevée chez les patients opérés [5].  Cela prouve bien que la réponse n’est pas tranchée et que la question mérite toujours réflexion. Si certaines études démontrent également avec leur propre méthodologie que la ligamentoplastie préserve de l’arthrose, il faut avant tout être logique et garder à l’esprit que l’arthrose est multifactorielle et qu’une approche personnalisée du genou du patient et du patient lui-même est plus à prendre en compte pour choisir le traitement adapté que la ligamentoplastie à « tour de genou ». Si certains critères objectifs (lésions associées, laxité, niveau d’intensité de la pratique sportive…) ou subjectifs (instabilité…) plaident en faveur d’un traitement chirurgical, ne nous précipitons pas pour dire à nos patients que la « case opération » est la suite logique de leur traumatisme pour éviter l’arthrose à long terme. D’une part, les études ne montrent aucune conclusion irréfutable sur le sujet et d’autre part cela nous évite à outrepasser notre champ de compétence avec des considérations chirurgicales.
 
S’il est important pour nous, masseurs-kinésithérapeutes, d’acquérir une culture large un peu « borderline » avec la médecine et la chirurgie en général pour pouvoir « parler de ce que l’on connait » et expliquer simplement au patient les suites thérapeutiques à son traumatisme, méfions nous également de nos anciennes certitudes.
Le temps passe, les connaissances évoluent et comme disait Nietzsche à juste valeur : « le plus grand ennemi de la vérité, ce ne sont pas les mensonges mais les convictions ».
A méditer…
 
[1] Ahlback S. Osteoarthrosis of the knee. A radiographic investigation. Acta Radiol Diagn (Stockh) 1968; 277 (suppl): 7-72.
 
[2] Kellgren JH, Lawrence JS. Radiological assessment of osteo-arthrosis. Ann Rheum Dis 1957; 16: 494-502.
 
[3] Liden M, Sernet N, Rostgard-Christensen L, Kartus C, Ejerhed L. Osteoarthritic changes after anterior cruciate ligament reconstruction using bone-patellar tendon-bone or hamstring tendon autografts: a retrospective, 7-year radiographic and clinical follow up study. Arthroscopy 2008; 24; 899-908.
 
[4] Delincé P, Ghafil D. Antérior cruciate ligament tears: conservative or surgical treatment?
A critical review of the literature. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2012; 20: 48-61
 
[5] Kessler MA, Behrend H, Henz S, Stutz G, Rukavina A, Kuster MS. Function, osteoarthrisis and activity after ACL-rupture: 11 years follow-up results of conservative versus reconstructive treatment. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2008; 16: 442-8.


Texte écrit par A. Douville de Franssu




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