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Tendinopathie et football



Par ses propriétés structurelles élastiques, le tendon achilléen peut résister à une charge allant jusqu'à 12,5 fois le poids du corps [1]. Néanmoins, malgré cette formidable  propriété mécanique, de nombreux sportifs souffrent de tendinopathies achilléenne [2]. Ainsi, bien que l’étiologie de cette pathologie, ou plutôt devrons nous dire les étiologies, restent peu claires aujourd’hui, il est suggéré par certains que la lésion essentielle de la tendinopathie reste finalement un échec des mécanismes d’auto-guérison du corps face à des contraintes de surcharges [3,4]. Le corps n’ayant plus le temps, l’environnement ou les capacités de cicatriser les micro-traumatismes induits par l’exercice, le « solde » de régénération du tendon devient négatif et la douleur finit par s’installer.
 
C’est pourquoi les tendinopathies d'Achille sont souvent difficiles à traiter, ont bien souvent un mauvais pronostic [5] et une tendance à la chronicité et la récidive [6] avec de longues périodes d'absence sur le plan sportif [6].
 
Une étude de suivi parue dans le BJSM (juin 2103) [7] a cherché à étudier l'incidence, les circonstances de survenue, les temps d’indisponibilité et les récidives des tendinopathies achilléennes (inclus également les ruptures partielles et totales) dans le football professionnel masculin.


Cette étude a  un total de 27 clubs de football professionnels (10 pays européens différents) et 1743 joueurs (équipe première) ont été suivis prospectivement pendant 11 saisons entre 2001 et 2012. Le staff médical de l'équipe a enregistré le temps de pratique de chaque joueur et les durées d’indisponibilités après chaque blessure du tendon d’Achille.  Les équipes ont été suivies au cours de la saison complète, y compris la pré-saison.
 
• Au total, 8029 accidents ont été recensés au cours de la période d'étude dont 2,5% (203) cas de pathologie du tendon d’Achille : 96% (184) des troubles ont été classés comme tendinopathies d'apparition progressive, et 4% (9) étaient des ruptures partielles ou totales aiguës. L’équipe de recherche souligne que 27% de toutes les tendinopathies d'Achille étaient des récidives.
 
La durée moyenne d’indisponibilité des tendinopathies était de 23 ± 37 jours avec un risque de récidive plus élevé après de courtes périodes de traitement (inférieures à 10 jours : 31%) par rapport à des périodes plus grandes (supérieures à 10 jours : 13%) (p <0,001).
 
La durée moyenne d’indisponibilité pour les tendinopathies opérées (23%) était de 66 ± 49  jours pour les tendinoses et de 79 ± 50 jours pour les enthésopathies opérées.
 
La durée moyenne d’indisponibilité pour les ruptures du tendon achilléen était de 161 ± 65 jours. La chirurgie a été effectuée sur l'ensemble des 7 ruptures totales du tendon achilléen mais n’a pas été réalisé sur la rupture partielle.
 
L’étude met en valeur un taux de blessures plus élevé pendant la pré-saison (Juillet-Août) qu’au cours de la saison de compétition (Septembre-mai) : 0,25 vs 0,18 injuries/1000 h (p = 0,027).
 

 
Les joueurs ayant des troubles du tendon d'Achille étaient significativement plus âgés que le reste de la cohorte, avec un âge moyen de 27,2 ± 4 ans versus 25,6 ± 4,6 ans (p <0,001). Aucune différence n'a pu être trouvée sur la taille, le poids corporel ou l’IMC.


Tendinopathie et football

Conclusion   
L’atteinte du tendon achilléen (2,5% des pathologies sportives recensées dans cette étude) plus fréquente chez les joueurs âgés et en période de pré-saison, nécessite des délais d’indisponibilité moyens différents selon l’atteinte : 23j pour une tendinopathie non opéré, 66j pour une tendinose opérée, 79j pour une enthésopathie opérée et 161j pour une rupture tendineuse opérée (traitement non précisé).
La récidive est fréquente après le traitement conservateur d’une tendinopathie d'Achille (27%) et le risque de récidive est plus élevé après une période de réhabilitation courte (<10j).
 
La pré-saison est une période de reprise d’entrainement faisant suite à un temps plus ou moins importants de repos. Ces changements soudains dans l'intensité, la charge d'entraînement et le type d’entrainement sont avancés pour être des facteurs de risque de blessures parce que le tendon d'Achille pourrait ne pas être en mesure de s'adapter assez rapidement aux changements structurels provoqués par la reprise de l’exercice physique.
 
On constate alors que 30% des joueurs ayant eu une rupture du tendon d’Achille n’avaient eu des signes annonciateurs (douleur, raideur…). Ainsi, les tendons symptomatiques avant rupture varient seulement entre 10-25% [8,9] bien que des changements dégénératifs soient trouvés dans presque tous les tendons rompus. Cela conforte donc l’hypothèse que les tendons subissent des changements structurels au cours d'une période asymptomatique de plusieurs mois avant que ces derniers ne deviennent symptomatiques. Cela expliquerait ainsi pourquoi certaines ruptures tendineuses achilléennes surviennent sans crier gare.
 
Le taux de récidive élevé pour une tendinopathie d'Achille trouvé dans cette étude (27%) reflète le caractère chronique et récurrent de cette pathologie. La rechute des symptômes douloureux lorsque les joueurs retournent sur le terrain après une période courte de réhabilitation pourrait s'expliquer si on considère la douleur comme la pointe de l'iceberg. Même si la douleur s'estompe au-dessous du seuil nociceptif, les changements pathologiques dans le tendon pourraient encore exister et pourraient donc redevenir symptomatiques lorsque le joueur reprend son activité au même niveau. Un temps de réhabilitation inadéquat associé à un retour trop prématuré de l'activité, est un facteur de risque de récidive. Par conséquent, il pourrait être suggéré qu'une période de réhabilitation plus longue dès les premiers signes d'une tendinopathie d'Achille pourrait être bénéfique pour éviter les récidives. Un test fonctionnel avant de retourner à jouer pourrait également réduire les récurrences [10].
 
Texte écrit par Arnaud Douville de franssu
[1] Komi PV, Fukashiro S, Järvinen M. Biomechanical loading of Achilles tendon during normal locomotion. Clin Sports Med 1992;11:521–31.
[2] Kujala UM, Sarna S, Kaprio J. Cumulative incidence of Achilles tendon rupture and tendinopathy in male former elite athletes. Clin J Sport Med 2005;15:133–5.
[3] Maganaris CN, Narici MV, Almekinders LC, et al. Biomechanics and pathophysiology of overuse tendon injuries: ideas on insertional tendinopathy. Sports Med 2004;34:1005–17
[4] Rees JD, Maffulli N, Cook J. Management of tendinopathy. Am J Sports Med 2009; 37:1855–67.
[5] Alfredson H, Lorentzon R. Chronic Achilles tendinosis: recommendations for treatment and prevention. Sports Med 2000; 29:135–46.
[6] Fredberg U, Bolvig L, Andersen NT. Prophylactic training in asymptomatic soccer players with ultrasonographic abnormalities in Achilles and patellar tendons: the Danish super league study. Am J Sports Med 2008;36:451–60.
[7] Mariann Gajhede-Knudsen, Jan Ekstrand, Henrik Magnusson, Nicola Maffulli. Recurrence of Achilles tendon injuries in elite male football players is more common after early return to play: an 11-year follow-up of the UEFA Champions League injury study.Br J Sports Med Published Online First: 14 June 2013
[8] Fahlström M, Björnstig U, Lorentzon R. Acute Achilles tendon rupture in badminton players. Am J Sports Med 1998; 26:467–70
[9] Kannus P, Józsa L. Histopathological changes preceding spontaneous rupture of a tendon. A controlled study of 891 patients. J Bone Joint Surg Am 1991; 73: 1507–25.
[10] Fuller CW, Walker J. Quantifying the functional rehabilitation of injured football players. Br J Sports Med 2006; 40: 151–7.
 




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