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Tu dors, tu gagnes ?

Une approche du cadre de la dynamique écologique pour comprendre les relations entre le sommeil et la performance sensorimotrice dans le sport



Synthèse traduction par Pierre Blasiak, de l'article de Legoy et al. publié le 2 janvier 2020 dans Sleep Medicine Clinics, "You Snooze, You Win? An Ecological Dynamics Framework Approach to Understanding the Relationships Between Sleep and Sensorimotor Performance in Sport".


Pour être au sommet de leur sport, les athlètes doivent évoluer à un niveau élevé et récupérer rapidement après des séances d'entraînement et des compétitions exigeantes. Un des obstacles à la performance couramment observé chez les athlètes est une mauvaise hygiène du sommeil. De nombreux athlètes doivent supporter des horaires de voyage importants qui peuvent entraîner un « désalignement » circadien. De plus, les entraînements tôt le matin et les matchs tard le soir peuvent influencer la durée du sommeil,  tandis que l'anxiété avant la compétition et les douleurs musculaires après la compétition peuvent compromettre la qualité du sommeil. Ces interruptions du sommeil sain peuvent altérer les performances et augmenter le risque de blessure.

Le sommeil de la nuit antérieure a un impact sur la fonction du lendemain en influençant les capacités cognitives et les performances physiques. Cependant une performance sportives optimale nécessite également une fonction sensorimotrice précise et opportune. De moins bonnes performances sportives, telles qu’un pourcentage plus bas sur la base au baseball et une précision de tir plus faible au hockey ont été associées à de mauvaises performances sensorimotrices. D’autres part, un mauvais sommeil a été associé à des déficits d'apprentissage et de plasticité de taches motrices spécifiques, éléments clés des performances sensori-motrices des athlètes. Les altérations des performances sensori-motrices liées au sommeil peuvent être attribuées à des caractéristiques spécifiques du sommeil, telles que les ondes lentes et les fuseaux.

Le cadre dynamique écologique décrit la perception directe des informations sensorielles et le couplage continu de ces informations avec les comportements moteurs, fournissant une description précise de la fonction sensorimotrice. Par le biais de la perception directe, un individu déclenche des réponses motrices appropriées en fonction des perceptions de l'environnement sans avoir besoin de traiter cognitivement ces informations ; les informations perceptuelles sont intrinsèquement significatives. Le couplage entre la perception et l’action est essentiel à l'exécution d'actions qui nécessitent une adaptation aux changements dynamiques de l'environnement, comme par exemple lorsqu’une balle de baseball fait un rebond inattendu. Le sommeil influence les performances sensorimotrices en modifiant différents aspects de la fonction sensorimotrice, y compris le couplage perception-action. 

Cette revue définit les performances sensorimotrices à partir du cadre de la dynamique écologique, décrit l'interaction entre le sommeil et les performances sensorimotrices, et, enfin, discute des orientations pour de futures recherches englobant le cadre de la dynamique écologique.

DÉFINITION DES PERFORMANCES ET IMPLICATIONS POUR LE RISQUE DE BLESSURE

L'examen des performances sensorimotrices met l'accent sur le couplage entre les systèmes sensoriels et moteurs, qui fonctionnent de manière coopérative et intégrée dans le but d’augmenter la probabilité de réussite d’une action donnée. Les individus perçoivent directement les informations sensorielles pertinentes de l'environnement et modulent leurs actions en fonction de la mise à jour continue de ces informations sensorielles. Il est important qu'un individu perçoive comment les caractéristiques de l'environnement influencent sa capacité à agir dans l'environnement.

Les « affordances » sont les opportunités d'action créées par l'interaction entre les caractéristiques de l'environnement et les capacités de l’individu. Les « affordances » changent au fil du temps à mesure que les caractéristiques de l'environnement et les capacités de l'individu changent. Par exemple, l'augmentation de la fatigue tout au long d'un match peut compromettre les capacités d'action d'un athlète. Les athlètes doivent être attentifs à la façon dont les changements dans leurs capacités d'action influencent les limites de l'action (c'est-à-dire les limites des actions possibles) et doivent adapter leurs actions en recalibrant leurs capacités d'action à ces changements. Si les individus ne sont pas sensibles aux changements d’affordances, ils peuvent tenter de mener à bien des actions qui ne sont pas possibles. En outre, s'ils ne sont pas en mesure d'exécuter / de moduler des actions en temps voulu, ils peuvent tenter de terminer une action lorsque le comportement n'est plus autorisé. Par conséquent, les perturbations systémiques, telles que la privation de sommeil, peuvent non seulement compromettre les capacités d'action des athlètes, mais peuvent également contribuer à une perception inexacte, compromettant ainsi la fonction sensorimotrice et augmentant le risque de blessure.

Par exemple, un joueur de football qui a une mauvaise évaluation de sa course entre deux défenseurs est plus susceptible d'être taclé que celui qui perçoit la position et les trajectoires des défenseurs et ajuste la sienne en conséquence. De moins bonnes performances sur une batterie de tests sensorimoteurs en laboratoire ont été associés à une augmentation de la gravité des commotions chez les joueurs de football, suggérant que les individus avec des capacités sensori-motrices plus basses se sont placés en position préjudiciable, tandis que les individus avec de meilleures capacités sensori-motrices pourraient ajuster leurs actions pour minimiser de tels impacts. De plus, les mesures du temps de réaction traditionnel n'ont pas trouvé de relations similaires entre les performances et les commotions, ce qui suggère que la relation était spécifique aux performances sensorimotrices et pas simplement un facteur de vigilance et de temps de réaction. Si le sommeil est lié aux performances sensorimotrices, un sommeil réduit pendant la saison peut , en plus de compromettre la performance, avoir un impact sur le risque de blessure des athlètes. Cela peut être particulièrement important pour les athlètes qui participent à des compétitions de type tournoi, comme les nageurs, les joueurs de hockey et les joueurs de rugby à sept, où la réduction du sommeil peut être plus fréquente.

Ainsi, de meilleures performances sensori-motrices spécifiques au sport chez les joueurs professionnels peuvent être liées à une capacité améliorée de s'accorder aux informations perceptuelles pertinentes, ce qui permet un couplage perception-action plus efficace. L’amélioration de l'harmonisation et des performances dans le baseball professionnel et les frappeurs au cricket sont liés à des stratégies de regard plus efficaces qui utilisent des saccades d'anticipation pour suivre la trajectoire de balle et des stratégies plus stables de suivi de la tête. En outre, les professionnels s'accordent souvent aux stimuli pertinents, tels que la cinématique des adversaires, de manière plus opportune et anticipative, ce qui leur permet d'initier des réponses motrices plus tôt et de moduler les réponses tout au long de l'action. Une variabilité accrue des mouvements a été observée tôt dans les réponses motrices des professionnels, ce qui suggère qu'ils sont capables de continuer de moduler leurs réponses motrices en se basant sur des informations perceptuelles mises à jour. De plus, une amélioration des performances est observée lorsque les athlètes sont capables de compléter une réponse motrice par rapport au moment où on leur demande de porter un jugement explicite sur ce que serait leur réponse. Cela suggère que l'engagement actif et l'exploration de l'environnement sont nécessaires pour une fonction sensorimotrice optimale. De cette façon, la relation entre la perception et l'action est réciproque : la perception stimule l'action et l'action stimule la perception.

De ce fait, le sommeil peut jouer un rôle vital dans les aspects perceptifs de la fonction sensorimotrice et la réussite des performances sportives, puisqu’il a été démontré que le sommeil affecte la capacité à suivre les stimuli visuels. Durant la nuit suivant la pratique de tâches sensorimotrices, les changements de l'activité cérébrale dans des régions du cerveau spécifiques à la tâche (par exemple, visuelle ou motrice) suggèrent que le sommeil peut jouer un rôle dans plusieurs aspects de la fonction sensori-motrice. Au niveau du système visuel, deux flux distincts contribuent à différents aspects de la performance et fonction sensori-motrice. Le flux ventral relie le cortex visuel au cortex temporal inferieur et est responsable de l'identification et de la perception des caractéristiques des objets essentiels à la perception de l’affordance. Le flux dorsal relie le corpus visuel primaire au cortex pariétal postérieur et est responsable de la modulation rapide de l'action en réponse à l'information visuelle. Pour cela, le flux ventral est souvent décrit comme étant le responsable de la «vision pour la perception» alors que le flux dorsal est responsable de la «vision pour l'action» selon van der Kamp et al. La perception-action réussie ou le couplage sensori-moteur repose sur les interconnexions entre les deux flux visuels, et une connectivité fonctionnelle accrue entre les flux ventral et dorsal est observée pendant les tâches sensorimotrices. Il est important de noter que la connectivité fonctionnelle entre les flux visuels est réduite après une nuit de sommeil écourtée. En outre, il existe des interconnexions entre les deux flux visuels et le cortex moteur primaire, reflétant l'importance du cortex moteur dans l'intégration sensorimotrice et dans le processus de couplage sensorimoteur.

Le couplage sensorimoteur optimal repose sur l'activation des régions qui correspondent aux zones visuelles (par exemple, le flux dorsal, le flux ventral et les régions occipitales), l'exécution motrice et la planification/régulation motrice. Une augmentation de l’activation cérébrale dans les régions visuelles et motrices a été enregistrée pendant les tâches sensorimotrices et d'harmonisation perceptuelle ; aussi, un couplage sensorimoteur amélioré chez les experts peuvent se refléter dans leur activation cérébrale pendant ces tâches. Bishop et al ont demandé à des individus de juger de la direction dans laquelle ils s'attendaient à ce que le ballon parte (lors d’un pénalty) en fonction de scènes enregistrées sur bande vidéo. Les individus qui étaient plus précis, c'est-à-dire mieux à même de s'accorder aux signaux cinématiques, avait une activation accumulée dans les zones correspondantes à la régulation et à la perception de l'action. Les entrées vestibulaires et proprioceptives concernant la position du corps entier et la coordination articulaire contribuent également à une réponse motrice appropriée. Pour plus de détails sur les processus neuronaux sous-jacents contribuant à la fonction sensorimotrice, il est conseillé de lire les articles de Bishop et al et Yarrow et al.

SOMMEIL, GESTION DU SOMMEIL ET PERFORMANCE SENSORIMOTRICE

L'extension du sommeil peut contribuer à l'amélioration des performances sportives, tandis qu'un mauvais sommeil (c'est-à-dire une privation, une restriction ou une perturbation du sommeil) et un désalignement circadien peuvent compromettre les performances. Une amélioration de la précision du tir au basket-ball et de la précision du service au tennis est observée après un sommeil prolongé, tandis qu’une diminution de la précision du tir au basket-ball, de la précision du service de tennis et des skills au football est observée après une restriction et une privation aiguë du sommeil.
Il a été peu étudié à quel point ces différences de performances sportives liées au sommeil sont dues à des changements de performances sensori-motrices. D’autres part, les changements dans différents aspects de la performance sensorimotrice à travers les tâches en laboratoire ont été étudiés sous différents protocoles de gestion du sommeil : privation, restriction, extension, sieste, etc. Étant donné la nature multiforme des performances sensorimotrices, différentes tâches ciblent différents aspects des performances sensorimotrices et donnent un aperçu de la façon dont le sommeil a un impact sur ces différents aspects des performances sensorimotrices.

Dans le domaine du sommeil, la tâche de vigilance psychomotrice a été largement utilisée pour caractériser les changements des capacités de performance au cours des différents protocoles de gestion du sommeil. Bien que la tâche de vigilance psychomotrice fournisse une mesure du temps de réaction et une attention soutenue, et une capture des éléments de la fonction sensorimotrice, elle n'inclut pas une évaluation du jugement perceptuel et, par conséquent, peut ne pas capter adéquatement les changements dans la fonction sensorimotrice ou le risque comportemental intéressant les athlètes. Les individus doivent coupler la perception d'un stimulus visuel ou auditif avec l’exécution rapide d’une réponse motrice, mais l'absence de jugement perceptif ou de différentes possibilités de réponse motrice limite l'applicabilité fonctionnelle de la tâche. Les changements liés au sommeil dans d'autres tâches qui nécessitent une harmonisation perceptuelle, un couplage sensorimoteur ou un risque comportemental peuvent expliquer davantage les changements de la fonction sensorimotrice.

Les performances sur les tâches de suivi saccadique et les tâches de discrimination visuelle ciblent les performances oculomotrices et l'harmonisation perceptuelle, testant si les individus sont capables de s'accorder aux caractéristiques spécifiques à la tâche d'un affichage visuel. Dans de telles tâches, les performances perceptuelles se détériorent au cours d'une période d'éveil. Un sommeil de nuit ou des siestes diurnes sont nécessaires pour restaurer, et peut même améliorer, la fonction perceptuelle. Une fonction perceptuelle améliorée a été observée de manière incohérente mais peut refléter une capacité améliorée à s'accorder à des informations visuelles spécifiques à la tâche après le sommeil. Cette conclusion est étayée par des études neurologiques montrant une activité accrue dans le flux dorsal, le flux ventral et les régions occipitales pendant l'achèvement des tâches de discrimination visuelle après une nuit de sommeil en comparaison à une privation de sommeil. 

Des résultats similaires ont été trouvés pour toutes les tâches qui ciblent la fonction motrice, telles que les tâches de « taper des doigts » (morse) et de traçage. Les tâches de taper des doigts visent les performances motrice et un contrôle moteur efficace tandis que les tâches de traçage nécessitent davantage de couplage sensorimoteur. Les performances de ces tâches sensorimotrices sont améliorées après le sommeil, reflétant certainement la plasticité neuronale. Le remodelage synaptique qui se produit pendant le sommeil permet l'amélioration de la fonction sans pratique supplémentaire. Si le sommeil ne jouait qu'un rôle réparateur, la performance reviendrait simplement aux niveaux de la veille et plus de pratique serait nécessaire pour améliorer les performances, mais ce n'est pas le cas. Au cours de tâches telles que le jonglage, les siestes de 30 minutes ont amélioré les performances. L’ensemble de ces résultats reflète l'importance du sommeil pour la perception des caractéristiques dynamiques de l'environnement et pour l'exécution efficace des réponses motrices.

La privation de sommeil affecte également les évaluations sensorimotrices de la perception de « l’affordance ». La tâche de couplage perception-action (une nouvelle tâche développée par Connaboy et al sur la base des travaux originaux de Smith et Pepping) est conçue pour capturer les comportements basés sur l'affordance et la fonction sensorimotrice et peut fournir un marqueur du risque comportemental. Les individus font des jugements basés sur la perception, à savoir si les balles virtuelles peuvent passer à travers les ouvertures virtuelles. Pour réussir, ils doivent être sensibles aux changements de la taille relative de la balle et de l'ouverture et doivent percevoir avec précision quelle action découle de cette relation. Au cours d'une étude menée par Connaboy et al, les participants étaient moins précis et ont répondu plus lentement après une nuit de privation de sommeil. Dans une étude distincte utilisant une évaluation de la négociation d'obstacles, les personnes privées de sommeil ont sous-estimé leur capacité à franchir un obstacle tandis que leur capacité réelle à franchir l'obstacle n'avait pas changée par rapport à la référence. Ces résultats sont importants car les individus ont eu les mêmes possibilités d'action lorsqu'ils manquaient de sommeil, mais ils n'étaient pas en mesure de percevoir avec précision les actions qui leur étaient accordées. La performance de ces tâches basées sur l'affordance reposait sur la mise à jour dynamique des informations perceptuelles. Ainsi, la privation de sommeil a compromis cet aspect des performances sensorimotrices.

Le sommeil peut influencer davantage la performance sensorimotrice en affectant la fonction vestibulaire et somatosensorielle, influençant ainsi le contrôle postural et la coordination des membres. Le lien entre le sommeil et la fonction vestibulaire se reflète dans les connexions entre le système vestibulaire et le noyau suprachiasmatique, une structure importante dans la régulation veille-sommeil. Les conséquences d'un mauvais sommeil sur la fonction vestibulaire sont observées dans le contrôle postural. En règle générale, si des informations visuelles inexactes sont présentées, les individus peuvent dissocier leurs réponses posturales de cette entrée visuelle et s'appuyer davantage sur des indices vestibulaires et proprioceptifs. Sous la privation de sommeil, les individus sont moins en mesure de le faire, ce qui suggère une fonction sensorimotrice compromise. Étant donné que la privation de sommeil altère également la coordination entre les articulations, le sommeil semble jouer un rôle important pour garantir de manière efficace l’exécution des réponses motrices appropriées.

CARACTÉRISTIQUES DU SOMMEIL ET PERFORMANCE SENSORIMOTRICE

Comprendre que le sommeil affecte les performances démontre son importance globale mais n'explique pas le mécanisme responsable de cet effet. Le sommeil est un processus actif qui varie au cours de la nuit et entre chaque individus. Des techniques améliorées d'enregistrement et d'analyse des données, telles que l'électroencéphalographie à haute densité (EEG) et l'EEG quantitatif, ont permis à plus d'études d'étudier le sommeil de façon plus spécifique. Différentes caractéristiques du sommeil peuvent être liées à différents aspects de la fonction sensorimotrice. À ce titre, les relations entre les caractéristiques / étapes spécifiques du sommeil et les performances sensorimotrices doivent être examinées.


Les fuseaux du sommeil

Les fuseaux du sommeil sont des salves de courte durée (0,5 à 3 s) d'activité oscillatoire à haute fréquence (10 à 16 Hz) se produisant pendant le sommeil par mouvements oculaires non rapides (NREM). Les fuseaux, qui proviennent de la formation réticulaire thalamique et se déplacent vers le cortex à travers les projections thalamocorticales, jouent un rôle important dans la consolidation de la mémoire et l'acquisition de compétences. Bien que les fuseaux soient répartis à travers le cortex, une densité de fuseau accrue se trouve dans les régions frontocentrales et centropariétales. Correspondant à l’augmentation des régions d’activité des fuseaux, il est décrit deux types de fuseaux : les lents (environ 12 Hz) et les rapides (environ 14 Hz), qui diffèrent par leur distribution spatiale sur les hémisphères cérébrales, leur répartition temporelle tout au long de la nuit et leur rôle fonctionnel. Les fuseaux lents sont les plus prononcés dans les régions frontales du cerveau et se produisent principalement au début de la nuit, se couplant souvent avec des ondes lentes dans le sommeil à ondes lentes. Les fuseaux rapides sont plus prononcées dans les régions centropariétales et se produisent principalement vers la fin de la nuit, constituant la plupart des fuseaux du sommeil NREM de stade 2.
Il a été constaté de manière incohérente que les fuseaux lents contribuent aux performances dans les tâches de discrimination visuelle. Une augmentation de l’activité EEG avec une plage de fuseaux lents a été associée à une amélioration des performances dans une tâche de discrimination visuelle après le sommeil, tandis qu'une augmentation de la densité des fuseaux a été associée à un moins bon apprentissage perceptif dans une étude distincte. En revanche, le rôle des fuseaux rapides a été défini de manière plus cohérente. Des améliorations des tâches motrices fines, telles que les tâches de tapotement des doigts (morse), ont été associées au sommeil de stade 2 dans la seconde moitié de la nuit, suggérant un rôle potentiel des fuseaux rapides dans la fonction sensorimotrice. Ce rôle a été confirmé dans les tâches de traçage ; l'augmentation de la densité des fuseaux rapides était associée à une amélioration des performances le lendemain dans différentes études chez les adultes et les enfants. 
Par exemple, Tamaki et al ont constaté que l'amélioration des performances de la tâche de traçage était positivement associée à une densité, une amplitude et une durée de fuseaux rapides, mais n'était pas liée à une activité de fuseaux lents chez des participants jeunes et en bonne santé. De plus, pendant le sommeil nocturne après avoir pratiqué de nouvelles tâches sensorimotrices, la densité du fuseau, plus particulièrement des fuseaux rapides, a augmenté par rapport à la nuit avant la pratique. Ces résultats suggèrent que les fuseaux rapides et les mécanismes thalamocorticaux responsables de la génération de fuseaux rapides peuvent être importants dans l'acquisition et l'amélioration des habiletés motrices dépendant du sommeil, tandis que les fuseaux lents peuvent contribuer à des améliorations perceptuelles.


Activité des ondes lentes

Le stade le plus profond du sommeil NREM (N3) est également appelé sommeil lent car il est caractérisé par des ondes lentes. Les ondes lentes sont des oscillations de haute amplitude (75 mV) et de basse fréquence (environ 1 Hz) qui résultent de l'alternance des neurones corticaux entre les états silencieux et les états actifs. Les états silencieux et les états actifs correspondent à l'hyperpolarisation et la dépolarisation des membranes cellulaires des neurones corticaux de façon coordonnée. Ces ondes se propagent à travers le cerveau via des connexions cortico-corticales, généralement des régions frontalières aux régions situées plus en arrière. On pense que les ondes lentes reflètent les processus contribuant à la plasticité synaptique et favorisent la consolidation de la mémoire et de l'apprentissage.
L'activité à ondes lentes (SWA), qui est en soit la puissance NREM EEG de 0,5 Hz à 4 Hz, jouerait également un rôle dans les performances et la fonction sensorimotrices. Une augmentation des performances sur les tâches perceptuelles est associée à une augmentation des ondes lentes dans les régions occipitales, tandis que la performance des tâches de traçage sensori-moteur a entraîné à plusieurs reprises une augmentation de la SWA dans les régions pariétales pendant la nuit de sommeil suivante. La SWA était spécifique aux régions cérébrales actives pendant la réalisation de la tâche et n'a pas été observée sur l'ensemble du cerveau. Puisque les régions cérébrales pariétales correspondent au flux visuel dorsal, l'amélioration de la SWA dans cette région peut refléter des changements dans ce flux et peut conduire à des améliorations de la capacité d'agir rapidement en réponse aux informations visuelles. Les performances sur les tâches sensorimotrices ont été améliorées le lendemain et les différences interindividuelles dans l'amélioration des performances ont été positivement associées aux différences de SWA : les individus avec plus de SWA avaient une amélioration des performances. De plus, lorsque les individus étaient privés de SWA, les performances sensorimotrices étaient maintenues tandis que la performance a été encore plus améliorée lorsque la SWA a été augmentée par stimulation auditive. À l'inverse, une diminution de la fonction sensorimotrice pendant la journée a entraîné une réduction de la SWA et une coordination motrice réduite le lendemain. L’ensemble de ces résultats mettent en évidence que la SWA joue un rôle critique dans l'amélioration des performances sensori-motrices en influençant les aspects sensoriels et moteurs de la performance.


Sommeil Paradoxal ou sommeil à mouvements oculaires rapides

Le sommeil à mouvements oculaires rapides (REM) se compose d'ondes de faible amplitude et à fréquences mixtes qui ressemblent au réveil et jouent probablement un rôle dans la consolidation de la mémoire. La perturbation du sommeil REM a un impact sur l'excitabilité des neurones hippocampiques, altérant à long terme la potentialisation et la formation de mémoire. Relatives à la fonction sensorimotrice, les contractions musculaires sont courantes pendant le sommeil paradoxal chez les nourrissons et les enfants. Ces contractions musculaires sont associées à l'activité cérébrale dans les régions liées à la fonction sensorimotrice, telles que l'hippocampe, le cervelet et le noyau rouge. En tant que tel, le sommeil paradoxal peut être important pour le développement du système sensori-moteur et pour l'intégration entre les systèmes sensoriel et moteur. Les contractions musculaires REM se retrouvent à l'âge adulte bien que leur fonction à l'âge adulte n'ait pas été étudiée. Au-delà de son rôle probable dans le développement d'un système sensorimoteur intégré, le sommeil REM influence également les changements quotidiens des performances sensorimotrices. Les différences interindividuelles dans le sommeil paradoxal ont contribué à différents niveaux d'amélioration dans une tâche de discrimination visuelle. L'augmentation du sommeil paradoxal a entraîné une amélioration des performances plus importante.
 

FUTURES INVESTIGATIONS

Bien que l'on ait beaucoup appris sur la relation entre le sommeil et les performances sensori-motrices, plusieurs domaines doivent être approfondis. Les tâches basées sur l'affordance ont été largement étudiées dans différents scénarios spécifiques au sport, mais le couplage perception-action et la performance sensorimotrice sont des aspects importants de la fonction dans différentes professions. Les performances sensori-motrices sont essentielles pour les camionneurs qui se fondent dans la circulation, les chirurgiens qui effectuent des opérations et le personnel militaire qui exécute des missions. L'étude des aspects professionnels de la performance sensorimotrice au sein de ces populations fournirait des informations précieuses sur la façon dont leur performance peuvent être optimisée ou comment les interventions du sommeil peuvent être développées pour aider à minimiser la perte de sommeil.
De plus, différentes fonctions du sommeil ont été associées à l'amélioration des performances sensorimotrices. Malheureusement, les tâches utilisées dans bon nombre de ces études étaient des tâches en laboratoire et n'étaient pas représentatives de scénarios réels. Des travaux supplémentaires sont nécessaires pour confirmer la pertinence fonctionnelle des différentes caractéristiques du sommeil sur la fonction sensorimotrice spécifique au sport en utilisant des évaluations sensorimotrices représentatives. Au fur et à mesure que davantage de caractéristiques du sommeil associées aux performances sensorimotrices sont identifiées, la question naturelle qui suit est de savoir si ces caractéristiques peuvent être induites pour faciliter l'amélioration des performances. Étant donné que la SWA et les fuseaux du sommeil ont été identifiés comme étant un indicateur important de l'amélioration des performances dans différents domaines cognitifs, l'augmentation de ces fonctions du sommeil a fait l'objet de différentes interventions d'optimisation du sommeil. L’administration de tonalités à travers un circuit fermé s'est avéré augmenter le SWA ainsi que les fuseaux du sommeil, mais on ne sait pas si cette amélioration des oscillations EEG spécifiques au sommeil peut améliorer la fonction de la même manière que celles produites naturellement.
 

Le système sensorimoteur implique un couplage fonctionnel étroit entre les fonctions sensorielles et motrices, ce qui est essentiel pour la performance sportive. Décrire les performances sensorimotrices dans une perspective de dynamique écologique permet de comprendre la nature dynamique et continue de ce couplage défini dans l'interaction entre l'individu et l'environnement. Le sommeil peut jouer un rôle dans différents aspects de la fonction sensori-motrice, ayant un impact sur la fonction sensorielle, la fonction motrice et le couplage sensorimoteur. De plus, les caractéristiques spécifiques du sommeil, à savoir les fuseaux et les ondes lentes, semblent jouer un rôle essentiel dans la fonction sensorimotrice. Comprendre comment ces caractéristiques du sommeil influencent les tâches spécifiques au sport peut fournir un meilleur aperçu de la façon dont le sommeil affecte le couplage sensorimoteur et les performances sportives.

L'article:
You Snooze, You Win? An Ecological Dynamics Framework Approach to Understanding the Relationships Between Sleep and Sensorimotor Performance in Sport. LaGoy,Ferrarelli, Sinnott, Eagle, Johnson, Connaboy . Sleep Medicine Clinics 15(1):31-39 · 2 jan. 2020 
DOI: 10.1016/j.jsmc.2019.11.001




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