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XV de France « laisser de côté tout ce qui vient de l’extérieur et garder en tête uniquement l’essentiel, le terrain » Wenceslas Lauret



Image credit: Athletic Genetix
 
Cette réplique, tirée d’un article publié ce jour (21 février), est lourde de sens.

A l’heure où les Bleus sont confrontés à une fronde de critique, tant journalistique, que des experts, la cible est toute trouvée et tout le monde y va de sa version. Tout est remis en question, et la solution pour certains est pourtant simple, y trouvant une ouverture pour montrer sa frimousse et son savoir ou encore son produit commercial….  Les joueurs sont critiqués par les non joueurs, les préparateurs par des vendeurs de logiciel de l’activité, le médical par des confrères qui ne pratiquent pas dans le sport de haut niveau. Cela paraît grossier mais tellement vrai. Les joueurs ont l’habitude et ont le cuir durci, et comme l’assume Gael Fickou, « c’est le jeu ».  Les préparateurs et médicaux des staffs sont aussi chahutés mais ça ne changera rien pour eux, sinon que de s’enfermer et fermer leurs réseaux par ras le bol des critiques ouvertes. Finalement, ce mauvais jeu n’amène que le rétrécissement des échanges en coupant les communications. Chacun mérite à mon sens plus de retenue et de respect.

Mais est-ce si simple ?
 
Comment une personne peut-elle donner des leçons sur des vérités qui n’en sont pas, dans un domaine de la science encore pleine d’évolution et d’ignorance.
Les dogmatiques « tout est dans la maîtrise de la charge de travail » maitrisent- ils vraiment tout ? Peut-on résumer ce problème uniquement à la vérité du terrain ? Avons-nous les solutions dans l’immédiat ? Qui est réellement en mesure de certifier qu’un sportif travaille trop ou trop peu ?

« L’essentiel, le terrain »
 
Changeons de contexte face à cette notion de terrain. On oublie trop souvent que l’être humain est une complexité biologique, et que tout entraînement s’adresse à cette complexité, vivante, construite et régulée par adaptations. Le terrain ici c’est la génétique, celle du vivant. Que nous dit aujourd’hui la génétique, voire même l’épigénétique, et en quoi cela peut-il nous intéresser : qu’il existe des signatures génétiques inter-individuelles. Ces signatures peuvent porter soit sur des susceptibilités aux blessures soit sur des prédispositions aux différents types de sport et niveaux.


La découverte de polymorphismes, états alternatifs de l’ADN, a permis de découvrir des prédispositions à certaines pathologies, par substitution nucléotidiques dans les régions codantes et régulatrices. En somme, le terrain d’un sportif, peut être perturbé par une variation d’intégration de l’organisme, le prédisposant à des risques de blessure. Ainsi par séquençage, on peut aujourd’hui analyser qui est porteur du risque de se blesser à la cheville, au genou, au muscle, au tendon… sans pour l’instant y adjoindre les importants paramètres d’analyses biomécaniques, de charge, de morphologie, de pente osseuse….

Dans ce registre, les données sur l’α-Actinin-3 ont largement été référencées, notamment sur son influence sur l’unité musculo-tendineuse.  Selon Sawczuk et al, Sci Med Sport (2019), la variation génétique pour MMP3 contribue à la succeptibilité inter-individuelle aux lésions du LCAE.  Sur le même sujet, Udomsinprasert et al: BIOMEDICAL REPORTS en 2019,  écrit que les genotypes  GG et allele G adiponectin +276g/t sont associés au risque de rupture du LCAE.
 
Kim SK et al. en 2017, a démontré par analyses du data du  Research Program in Genes, Environment and Health (RPGEH) qui inclue 1,694 cas d’entorses de cheville que 2 marqueurs génétiques étaient en relation avec les entorses de cheville dont un pour le collagène le COL18A1.
 
El Khoury et al. ont trouvé que le génotype  MMP3 rs679620 GG est surreprésenté chez les sportifs ayant eût une rupture du tendon d’Achille.
 
Erskine et al, (2016) propose dans Eur J Appl Physiol, une revue d’études montrant cette même relation sur les prédispositions individuelles sous influence génétique, et les temps de récupération et les lésions post effort avec DOMS…
 
Pas de hasard !
 
D’autres polymorphismes génétiques (e.g. COL1A1 rs1800012, COL5A1 rs12722, rs3196378, MMP3 rs679620, rs591058 and rs650108) sont associés dans la littérature scientifique à la prévalence des blessures tendon/ligament (Bell et al. 2012; Laguette et al. 2011; Collins and Raleigh 2009)
 
A l’inverse, Kumagai H et al, il y a quelques semaines en 2019 a publié un article dans Med, sci Sports exerc, sur le polymorphisme ESR1 rs2234693 par son allèle C, en contraste à l’allèle T, qui protège des lésions musculaires par des taux bas de stiffness.  « Si tu as l’allèle C tu joues »
 
Parmi ses exemples non exhaustifs, et en vulgarisant, nous sommes tous des phénotypes spécifiques due à des signatures génétiques variables et adaptables qui nous sont propres et nous prédisposant à telle ou telle fragilité !  
Nous avons tous nos fragilités du fait de nos terrains génétiques et variations inter-individuelles.  La variabilité polygénique joue un rôle prépondérant et on ne se blesse jamais par hasard.
 
Analyser la biomécanique, la charge de travail, la posture, les préférences motrices, les énergies… tous issus finalement de nos signatures sont de toute évidence à organiser, corréler et travailler. Mais nul ne peut dire par ses bretelles de travail une vérité sans connaitre avant tout le phénotype du sujet.  
 
Chaque stimulation si elle est adaptée va influencer ces signatures, qu’elle soit une activité physique («acti-génomie » ? ex,le  travail aérobie pour les polymorphismes MCT1 dans le cadre des succeptibilités aux lésions musculaires)  ou encore qu’elle soit d’ordre nutritionnelle (la nutrigénomie) ou encore par d’autres voies qui sont décrites. Influencer par nos actions un « génétiquement correct » est une voie d’avenir dans la kinésithérapie préventive, thérapeutique et accompagnatrice de la performance.  
 
Certes, les contraintes à venir sont l’accessibilité à ces datas et séquençages, de répertorier les polymorphismes et les liens (beaucoup d’entre eux voire trop sont déjà mis en évidence) et adapter cela à notre pratique. Mais cela a le mérite tout de même de nous imposer à avoir un peu de distance, avec ce que l’on dit, ce que l’on enseigne, et ce que l’on fait, jusqu’à peut-être trouver une nouvelle vérité, qui créera à nouveau une nouvelle ignorance.
 
« Ne laissons pas de côté tout ce qui vient de l’extérieur et garder en tête que le terrain est le facteur premier. Reconnaitre le terrain permettra de déterminer comment adapter notre travail individuellement pour une pratique efficace »
 
Arnaud BRUCHARD

En savoir plus ?
 
La variance polygénique et les stratégies d’adaptation sont développées dans la formation EBOAS (Entrainement Biologique et Adaptations Spécifique du Sportif).
 
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